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Mise à jour : 16 février 2020

Pensées + émotions = mental

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Quelle est la dif­fé­rence entre les émo­tions et les sen­ti­ments ? Qu’est-ce que la pen­sée ? Je vous pro­pose dans cet article de plon­ger au cœur de la dyna­mique du men­tal. D’après les ensei­gne­ments d’Eckhart Tolle et Jiddu Krishnamurti, elle se déploie non seule­ment autour des émo­tions et de la pen­sée, mais éga­le­ment autour du savoir et du temps.

      

Les émotions

Le terme émo­tion vient du latin « motio », qui signi­fie « action de mou­voir, mou­ve­ment ». L’idée de mou­ve­ment s’exprime par le fait qu’une émo­tion est avant tout une réac­tion, psy­cho­lo­gique et phy­sique, à une situa­tion. Elle se dis­tingue en cela du sen­ti­ment, qui n’appelle pas de mani­fes­ta­tion réac­tion­nelle, mais relève plu­tôt de la connais­sance immé­diate. Ainsi, les émo­tions appar­tiennent au monde du men­tal, tan­dis que les sen­ti­ments émanent du cœur.

                 

Emotions et sentiments

Il n’existe que deux sen­ti­ments : l’amour et la peur. Toutes les émo­tions – allant de la joie à la tris­tesse en pas­sant notam­ment par la colère – découlent des sen­ti­ments. Elles finissent pour­tant par ne plus avoir de lien conscient avec le cœur pour n’être atta­chées qu’au men­tal. Lorsque nos émo­tions sont trop enva­his­santes, nos sen­ti­ments sont en dés­équi­libre, très géné­ra­le­ment à l’avantage de la peur. C’est ain­si que tra­vailler sur nos émo­tions pour les équi­li­brer peut faire émer­ger davan­tage d’amour en nous.

                

Le savoir

apprentissage-cerveauVoilà un thème cher à Krishnamurti. Pour ce phi­lo­sophe d’origine indienne, l’esprit est condi­tion­né par le savoir, et éga­le­ment par l’expérience, car celle-ci finit tôt ou tard par deve­nir un savoir. Selon lui, le savoir est méca­nique et entrave la liber­té de l’esprit, notam­ment la créa­ti­vi­té. Krishnamurti parle ici de la créa­ti­vi­té véri­table, celle qui ne trouve pas sa source dans le men­tal, et qui n’est pas juste la mise en œuvre d’un savoir.

On peut dire que le savoir est utile jusqu’à un cer­tain point, au-delà duquel il devient enfer­mant. Krishnamurti insiste notam­ment sur le fait que le savoir psy­cho­lo­gique les idées que l’on entre­tient sur soi-même – finit par se trans­for­mer en rou­tine. Pour lui, c’est l’accumulation du savoir qui repré­sente le véri­table dan­ger. Car il devient de plus en plus dif­fi­cile de s’en déta­cher. Et plus on l’utilise pour accé­der à la com­pré­hen­sion de nous-mêmes et de ce qui nous entoure, plus on s’éloigne de la véri­table connais­sance.

L’accumulation du savoir implique la mémoire, et par consé­quent une notion de temps. Elle jus­ti­fie en quelque sorte le temps psy­cho­lo­gique, qui ali­mente et sous-tend le men­tal.

                    

La pensée

Qu’est-ce que la pen­sée ? Selon Krishnamurti :

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« La pen­sée a engen­dré le « moi » qui est deve­nu – en appa­rence – indé­pen­dant de la pen­sée ; et ce « moi », qui fait tou­jours par­tie de la pen­sée, consti­tue notre struc­ture psy­cho­lo­gique. »  [1]

 

La pen­sée nour­rit la sépa­ra­tion. Elle est frag­men­taire car elle s’est dis­so­ciée de l’objet qu’elle a créé de toutes pièces. Autrement dit, elle met une dis­tance, elle crée une divi­sion entre l’objet et sa déno­mi­na­tion ver­bale. Penser à une fleur par exemple implique auto­ma­ti­que­ment que nous la consi­dé­rons à l’extérieur de nous. Notre conscience de base est ain­si deve­nue, par la pen­sée, celle de la sépa­ra­tion.

La pen­sée, à l’instar du savoir, n’est pas véri­ta­ble­ment créa­tive. Elle n’est utile que dans la vie pra­tique mais ne veut pas s’en tenir à ce rôle, elle se croit vivante et s’auto-justifie en per­pé­tuant le « Moi » (l’Ego). Elle a en effet créé un centre arti­fi­ciel, le Moi, autour duquel elle gra­vite conti­nuel­le­ment sous diverses formes qui sont tou­jours limi­tées, sépa­ra­tives et contra­dic­toires, mais qui lui donnent une per­cep­tion sécu­ri­sante – bien  qu’illusoire – de per­ma­nence.

Même  lorsque la pen­sée cherche à mettre de l’ordre dans ses propres contra­dic­tions, elle ne fait que créer plus de désordre. Elle est en quelque sorte condam­née à vivre dans la contra­dic­tion. La pen­sée croit expri­mer ce qui est vrai mais étant basée sur la mémoire, le savoir et l’expérience, elle est seule­ment limi­tée et répé­ti­tive. Par cette répé­ti­tion, elle génère son propre mou­ve­ment et sa propre éner­gie.

                  

Le temps

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Le temps est le maillage qui main­tient des liens très forts et très étroits entre les émo­tions, le savoir, la pen­sée, l’expérience et la mémoire. Cette trame entre­mêle ces aspects dans des rela­tions de causes à effets, sou­te­nant ain­si une dyna­mique de l’existence qui est déter­mi­niste (voir l’article L’univers est-il déter­mi­niste ? pour une approche plus détaillée du sujet).

Le temps dont il est ques­tion ici n’est pas le temps hor­loge – celui qui s’écoule phy­si­que­ment – mais le temps psy­cho­lo­gique. Ce-dernier implique la mémoire et l’anticipation, qui font appel au pas­sé, au pré­sent et au futur. Le temps psy­cho­lo­gique n’a rien à voir avec l’instant pré­sent. En fait, du point de vue de la conscience, il est com­plè­te­ment arti­fi­ciel. Par contre, il est en rela­tion très étroite avec le men­tal, ain­si que l’explique Eckhart Tolle :

 

« Pourquoi le men­tal a‑t-il ten­dance à nier l’ins­tant pré­sent ou à y résis­ter ? Parce qu’il ne peut fonc­tion­ner et gar­der le contrôle sans le temps, c’est-à-dire sans le pas­sé et le futur. Il per­çoit donc l’in­tem­po­rel ins­tant pré­sent comme une menace. En fait, le temps et le men­tal sont indis­so­ciables. » [2]

 

Bien que l’on puisse consi­dé­rer ces quatre aspects sépa­ré­ment, ils sont en fait étroi­te­ment imbri­qués et inter­dé­pen­dants. Et ce d’une façon par­fois très sub­tile, comme peut nous le révé­ler une lec­ture atten­tive des ouvrages d’Eckhart Tolle et de Krishnamurti.

Maintenant que nous avons un peu mieux cer­né le men­tal, voyons si nous pou­vons faire de même avec la conscience.

                   

Peut-on définir la conscience ?

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Tenter de défi­nir la conscience consti­tue sans doute un défi plus impor­tant qu’il n’y parait. Parce que la conscience est à la fois impli­quée en tant que sujet et objet de la quête.

On pour­rait poser la ques­tion de cette façon : quelle conscience cherche à défi­nir la conscience ? Question qui peut rapi­de­ment trou­ver une réponse limi­tée si la conscience du cher­cheur est iden­ti­fiée au men­tal. De ce point de vue, un pas­sage en revue des dif­fé­rents sens, aspects et carac­té­ris­tiques de la conscience pour­rait s’avérer res­treint, voire sté­rile. Pourtant, à par­tir de quelques défi­ni­tions simples, on peut se lan­cer dans un ques­tion­ne­ment plus pro­fond.

                       

Conscience et mental : un lien fusionnel

Le dic­tion­naire nous apprend que la conscience est une « repré­sen­ta­tion men­tale claire de l’exis­tence, de la réa­li­té de telle ou telle chose » [3]. Ce simple énon­cé met en jeu deux élé­ments selon moi très dis­cu­tables. Premièrement, la repré­sen­ta­tion men­tale cor­res­pond à l’image que l’on se fait de la conscience et pas à la conscience elle-même. Et deuxiè­me­ment, le men­tal est alors consi­dé­ré comme le seul moyen d’aborder la conscience.

Autre défi­ni­tion : « la conscience est, du point de vue de cer­taines phi­lo­so­phies et de la psy­cho­lo­gie, la facul­té men­tale qui per­met d’ap­pré­hen­der de façon sub­jec­tive les phé­no­mènes exté­rieurs (par exemple, sous la forme de sen­sa­tions) ou inté­rieurs (états émo­tion­nels, pen­sées) et plus géné­ra­le­ment sa propre exis­tence » [4]. De nou­veau, on note un lien entre la conscience et le men­tal, qui peut prê­ter à confu­sion.

Selon moi, la conscience est le sup­port de la facul­té men­tale qui tente de la défi­nir. Cependant, il me semble incor­rect de réduire la conscience à cette facul­té men­tale. J’envisage plu­tôt les choses ain­si : sans la conscience, il ne pour­rait y avoir de men­tal, et sans le men­tal, il ne sau­rait y avoir de défi­ni­tion.

savoir-livreEn fait, l’amalgame, ins­tal­lé dès le départ, entre la conscience et le men­tal exclut la pos­si­bi­li­té que la conscience puisse avoir sa propre exis­tence, en dehors jus­te­ment de toute attache men­tale. Et c’est sur ce consen­sus éta­bli notam­ment dans des écrits consi­dé­rés comme des réfé­rences – le dic­tion­naire et l’encyclopédie – que nous basons notre réa­li­té.

                 

Seule l’expérience peut changer la perception

Avant toute expé­rience de conscience élar­gie, on pour­rait se conten­ter de ce type de défi­ni­tion. On pour­rait, au pire, ne se voir qu’à tra­vers les yeux du men­tal, ne défi­nir la conscience qu’à tra­vers sa fusion avec celui-ci. Ou, au mieux, on pour­rait croire en la pos­si­bi­li­té que la conscience puisse exis­ter par elle-même.

Par contre, faire une expé­rience d’expansion de conscience trans­cende toute croyance (voir l’acte 2 de  Mon his­toire). L’expérience invite à cher­cher une nou­velle approche, dont la sub­ti­li­té réside dans le déca­lage qui se crée lorsque la conscience se dis­so­cie du men­tal.

Notons éga­le­ment que si « la conscience (…) est la facul­té men­tale qui per­met d’appréhender (…) sa propre exis­tence », la défi­nir sous-entend mani­fes­te­ment défi­nir la « conscience de Soi ». Pourquoi pas. Mais com­ment définit-on le Soi ? Si nous consi­dé­rons que le Soi est engen­dré par la pen­sée, cela nous ramène, encore une fois, direc­te­ment au men­tal… Ainsi notre façon d’envisager la conscience semble dépendre, en quelque sorte, de son degré de fusion avec le men­tal.

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J’en veux pour preuve per­son­nelle la per­cep­tion de la conscience qui a été la mienne au moment de la rup­ture d’a­né­vrisme, et qui se trouve très éloi­gnée de ces défi­ni­tions. Partant de ce constat, j’ai cher­ché d’autres points de vue sur le sujet. Le plus immé­diat a été celui de la méde­cine, puisque cette dis­ci­pline s’est, de fait, invi­tée dans ma vie à ce moment-là. J’ai ain­si décou­vert que la conscience est un élé­ment signi­fi­ca­tif qui per­met d’établir à la fois le diag­nos­tic et le pro­nos­tic d’une hémor­ra­gie ménin­gée. J’ai donc ten­té de com­prendre ce qui se passe au niveau phy­sio­lo­gique afin de déce­ler à quel moment pré­cis se mani­feste une inter­ac­tion révé­la­trice avec la conscience. Et c’est ce que je vous invite à décou­vrir dans l’article Cerveau, science et conscience.

 


Points clés

  • La dyna­mique du men­tal se déploie autour des émo­tions, de la pen­sée, du savoir et du temps.

  • Les émo­tions appar­tiennent au monde du men­tal, tan­dis que les sen­ti­ments émanent du cœur.

  • Le men­tal a besoin de la conscience pour exis­ter, mais la conscience a sa propre exis­tence, en dehors de toute attache men­tale.

                    

                    

                


Notes et références
    

[1] KRISHNAMURTI Jiddu, Les limites de la pen­sée, Paris : Le livre de poche, 2006, p.151
[2] TOLLE Eckhart, Le pou­voir du moment pré­sent, Québec : Ariane Editions, 2000, p.30
[3] LAROUSSE. Conscience.
[4] WIKIPEDIA. Conscience.

               




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