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Le libre-arbitre existe-t-il ?

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Le libre-arbitre existe-t-il ? Voilà une ques­tion qui en implique beau­coup d’autres. A com­men­cer par celle-ci : qui pose cette ques­tion ? Si nous la refor­mu­lons de manière per­son­nelle – « ai-je le libre-arbitre ? » – l’auteur est vite démas­qué. C’est l’ego, le « je » indi­vi­duel qui, évo­luant dans la sépa­ra­tion, veut faire ce que bon lui semble. Est-il seule­ment en mesure de faire un choix ?

 

Choix ou libre-arbitre ?

Doit-on par­ler de choix ou de libre-arbitre ? Eh bien tout dépend de quoi on veut par­ler ! Je fais pour ma part une dis­tinc­tion entre les deux, basée d’une part sur mon expé­rience et d’autre part sur l’enseignement de Krishnamurti. Selon lui :

              

« Le choix est l’essence même du mou­ve­ment de la pen­sée. » [1]

               

Et qui dit « ego », « moi », « je » indi­vi­duel, dit dyna­mique du men­tal, mou­ve­ment de la pen­sée… et donc choix.

Le mou­ve­ment de la pen­sée, parce qu’il fait par­tie du mou­ve­ment de l’univers, repose sur la pola­ri­té. Et qui dit pola­ri­té dit choix entre les deux. Alors, est-ce qu’on a le choix ? Oui. Dans le monde des pen­sées, nous n’avons que l’embarras du choix. A‑t-on pour autant le libre-arbitre ? Et si oui, si le libre-arbitre existe, a‑t-on les moyens de l’exercer ? C’est un tout autre ques­tion­ne­ment.

Commençons par une simple défi­ni­tion. On admet cou­ram­ment que le libre-arbitre est la capa­ci­té dont dis­pose la volon­té d’effectuer un choix libre­ment, sans qu’elle subisse d’influence exté­rieure, sans autre cause qu’elle-même. Une telle concep­tion implique que le libre-arbitre s’oppose au déter­mi­nisme.

                  

Déterminisme ou libre-arbitre ?

fractales-et-determinismeC’est ain­si que « « se déter­mi­ner à » ou « être déter­mi­né par » illus­trent l’enjeu de l’antinomie du libre arbitre d’un côté, ou de la « néces­si­té » et du des­tin de l’autre » [2].

Mais si nous vivons dans un uni­vers frac­tal où la par­tie déter­mi­niste et la par­tie non déter­mi­niste sont légi­times et jus­ti­fiées (lire l’article sur les frac­tales), si l’état cog­ni­tif et l’état du monde sont indé­ter­mi­nés jusqu’à ce qu’ils entrent en rela­tion (lire l’article L’univers est-il déter­mi­niste ?), il en résulte que le déter­mi­nisme n’est pas conti­nuel­le­ment à l’œuvre dans l’Univers.

Cela pose alors une nou­velle ques­tion : le libre-arbitre peut-il à juste titre être oppo­sé au déter­mi­nisme ? Ne devrait-on pas plu­tôt envi­sa­ger qu’ils sont com­plé­men­taires ? Dans ce cas, le libre-arbitre, s’il existe, pour­rait être l’outil per­met­tant à la cog­ni­tion de se déter­mi­ner lorsqu’elle ren­contre une situa­tion. Cela nous amène à élar­gir notre conscience du déter­mi­nisme, du libre-arbitre et de leur rela­tion. Et fina­le­ment à envi­sa­ger qu’en fonc­tion du plan de conscience consi­dé­ré, la réponse à la ques­tion « ai-je le libre-arbitre ? » sera dif­fé­rente.

                

Libre-arbitre et conscience

La conscience est absorbée par le mental : je crois que j’ai le libre-arbitre

mental-pensee-choixSi je vivais une vie exclu­si­ve­ment axée sur le men­tal, mon libre-arbitre serait abso­lu­ment inexis­tant. Mon sché­ma géné­ral de pen­sée serait déter­mi­niste. Au mieux je consi­dè­re­rais que tout ce qui sort de ce sché­ma relève du hasard ou de l’irrationnel, au pire je l’ignorerais pure­ment et sim­ple­ment. Je réagi­rais selon des sché­mas de pen­sée et des sché­mas émo­tion­nels incons­cients. Je n’aurais en fait aucune conscience de ce qui me pousse effec­ti­ve­ment à pen­ser et à agir. N’en ayant pas conscience, je pour­rais auto-légitimer ma croyance que j’ai le libre-arbitre. L’ego n’aime-t-il pas pen­ser qu’il est maître de son des­tin ?

Finalement, il y aurait une très grande dif­fé­rence d’appréciation entre ma croyance et ce qui se joue vrai­ment. Et une telle dif­fé­rence devrait me faire envi­sa­ger que tant que je ne par­viens pas à m’extraire de ce plan de conscience, tant que je suis à la mer­ci de mon men­tal, je suis mani­pu­lable. Jusqu’à pen­ser que j’ai le libre-arbitre.

             

La conscience émerge et pose la question : ai-je le libre-arbitre ?

La seule manière d’en arri­ver à prendre conscience que le men­tal n’est pas une fin en soi… c’est pré­ci­sé­ment que la conscience émerge. Et réa­lise que ce qu’elle pre­nait pour le libre-arbitre n’était qu’une illu­sion. Mais à quelle condi­tion la conscience peut-elle émer­ger ? En me basant sur mon expé­rience, je dirais que la conscience ne peut émer­ger que spon­ta­né­ment, c’est-à-dire sans inter­ven­tion de la volon­té. Bien que la volon­té – parce qu’elle dépend de notre niveau de croyance, qui aug­mente avec notre com­pré­hen­sion de la manière dont l’Univers fonc­tionne – puisse pré­pa­rer les condi­tions d’émergence de la conscience.

Une fois que la conscience a émer­gé, une brèche dans le pro­ces­sus déter­mi­niste men­tal a été créée. Un rayon de conscience est appa­ru… et avec lui un nou­veau ques­tion­ne­ment : si le libre-arbitre n’existe pas sur le plan du men­tal, peut-il néan­moins exis­ter à un autre niveau ? Le déca­lage créé par l’émergence de la conscience amène en effet à ce ques­tion­ne­ment. Parce qu’en émer­geant, la conscience prend conscience d’elle-même. Elle prend conscience que le plan men­tal – qu’elle peut main­te­nant obser­ver – n’est pour elle qu’un sup­port de mani­fes­ta­tion. Un sup­port limi­té.

Ainsi, elle prend conscience que s’extraire du plan men­tal revient à ne plus être sou­mise au déter­mi­nisme qui le carac­té­rise. Son désir pour­ra alors être de s’extraire de plus en plus sou­vent de ce plan. Autrement dit, en tant que conscience indi­vi­duelle, je pour­rais choi­sir d’inviter davan­tage de conscience dans ma vie. Ayant ain­si la pos­si­bi­li­té de me libé­rer du plan men­tal, je pour­rais pen­ser que j’exerce mon libre-arbitre. Ce serait cepen­dant igno­rer que tout évo­lue dans l’inter­dé­pen­dance… 

                 

J’évolue dans un univers où tout est connecté : je n’ai pas le libre-arbitre

tout-est-connecteLorsque ma conscience indi­vi­duelle réa­lise que toutes les consciences indi­vi­duelles dépendent les unes des autres, un nou­veau ques­tion­ne­ment fait sur­face : si nous vivons dans un uni­vers où tout est connec­té, si la sépa­ra­tion est une illu­sion, quelle est la valeur du libre-arbitre ? N’est-il pas lui-même une illu­sion ? Car com­ment la volon­té peut-elle effec­tuer un choix libre­ment, sans qu’elle subisse d’influence exté­rieure, si tout dépend de tout ?

Vivre dans un uni­vers connec­té implique que l’ex­pé­rience de l’u­ni­vers, à chaque ins­tant, passe par l’ex­pé­rience de cha­cun des points de conscience qui le com­pose à toutes les échelles. Puisque nous fai­sons par­tie de cette expé­rience, nous sommes liés à toutes les autres expé­riences qui se déroulent dans l’univers. Que nous en ayons conscience ou non.

Il nous est impos­sible de nous extraire de l’expérience de l’Univers et dire « j’ai le libre-arbitre ». Parce que les condi­tions de mani­fes­ta­tion de notre soi-disant libre-arbitre et l’expérience de l’univers à tra­vers chaque point de conscience qui le consti­tue appa­raissent à chaque ins­tant en dépen­dance. De ce point de vue, le libre-arbitre est encore une illu­sion puisque nos déci­sions ne peuvent en aucun cas être liées à notre seule inten­tion.

                  

J’accède à la présence : je suis le libre-arbitre

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Toutefois, si de notre point de vue indi­vi­duel, le libre-arbitre est une illu­sion, il en va autre­ment du point de vue de la conscience elle-même. En effet, qu’elle émerge ou pas, elle n’a pas besoin de l’ego. Elle appa­raît sim­ple­ment, elle se mani­feste à tra­vers nous. Ce qui signi­fie que si nous nous iden­ti­fions à cette conscience, cette intel­li­gence uni­ver­selle – que nous sommes ulti­me­ment – alors nous pou­vons dire que nous avons le libre-arbitre. Cependant nous ne pou­vons en faire l’expérience en tant qu’être humain que via la sépa­ra­tion induite par le men­tal.

Toute concep­tion du libre-arbitre en dehors de la pré­sence est une illu­sion. Il s’agit juste du men­tal qui, dans son incons­cience, usurpe le libre-arbitre. Celui-ci sera alors vécu comme une réa­li­té et nous vivrons notre vie en pen­sant faire des choix alors qu’il n’en est rien.

Si nous avons conscience de tout ce pro­ces­sus, nous com­pren­drons deux choses. Premièrement, lorsque nous fai­sons un choix – même conscient – nous ne pou­vons le vivre qu’à tra­vers le men­tal : lui seul per­met in fine de le for­mu­ler, don­nant ain­si l’impulsion néces­saire à sa mani­fes­ta­tion dans l’expérience humaine. Deuxièmement, lorsque nous fai­sons ce choix, nous ne pou­vons pas­ser au tra­vers de toutes les influences men­tales conscientes et incons­cientes liées à ce choix qu’en accé­dant à notre cœur, à la pré­sence, au point d’im­mo­bi­li­té, là où tous les mou­ve­ments de la pen­sée sont sus­pen­dus. C’est ce qui m’est arri­vé, ce qui m’a per­mis de faire un choix véri­table pour la suite de mon évo­lu­tion.

                

Le point de vue de Nassim Haramein

« Le libre-arbitre est seule­ment un phé­no­mène local. Localement, vous avez votre libre-arbitre ; vous pou­vez inter­pré­ter les choses autour de vous comme vous le vou­lez. Mais, il existe aus­si des échelles plus grandes que la vôtre qui font la même chose. Et vous êtes influen­cé par ces plus grandes échelles de la créa­tion. Si vous vous écar­tez trop de votre che­min, ces plus grandes échelles vont faire en sorte que vous y reve­niez. Car il existe un sys­tème de « sau­ve­garde » de l’univers. Pour que les choses puissent tou­jours aller vers plus de cohé­rence et pour empê­cher qu’une chose puisse tout à coup tout détruire.

Imaginons que vous croyiez en la réin­car­na­tion ; vous vous tirez une balle dans le pied, ça fait mal, vous en mour­rez… peu importe. Vous reve­nez, vous le refaites encore… damn ! Je l’ai encore fait ! Ok. Vous reve­nez. A un moment don­né, vous com­pre­nez que vous tirer une balle dans le pied n’est pas le meilleur moyen pour être heu­reux. L’univers vous amè­ne­ra tou­jours vers plus de cohé­rence.

Et en fait on peut même le voir dans nos équa­tions. Peu importe que notre phy­sique s’éloigne de plus en plus de la réa­li­té, qu’il faille ajou­ter un nombre infi­ni de dimen­sions, à la fin, nous ne pou­vons pas nous sépa­rer de la véri­té. Car la véri­té est là. Même si on ne la com­prend pas. Même si elle n’est pas com­plète dans nos équa­tions. Le méca­nisme de l’univers nous amène tou­jours vers plus de cohé­rence. » [3]

                  

Alors libre-arbitre ou pas ?

Tout dépend du point de vue. Une chose est sûre, la connexion uni­ver­selle, tout comme l’immobilité, ne sont pas de simples vues de l’esprit ou concepts phi­lo­so­phiques pour Nassim Haramein. Il s’agit d’une réa­li­té phy­sique. Il s’agit de la dyna­mique de notre uni­vers.

                    

                      

                 


Notes et références
    

[1] KRISHNAMURTI Jiddu, Les limites de la pen­sée, Paris : Le livre de poche, 2006, p.115
[2] WIKIPEDIA. Libre arbitre
[3] HARAMEIN Nassim, cité par Resonance Science Foundation – Français

           




 

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