Comment sortir du mental ? 1/2

A malin, malin et demi

sortie du mental

J’ai long­temps fait, de temps à autre, ce rêve éprou­vant. Un rêve chaque fois dif­fé­rent, qui raconte cepen­dant tou­jours la même his­toire. Je dois ras­sem­bler mes affaires – épar­pillées je ne sais où – dans une sorte de course contre la montre. J’ai un avion, un train ou un bus à prendre mais je suis dans l’incapacité d’accéder à l’aéroport ou à la gare car il me manque tou­jours quelque chose. Je suis seule, je me perds dans mes recherches, je vois l’heure tour­ner avec inquié­tude… bref j’ai l’impression d’être dans un laby­rinthe dont je ne trouve jamais la sor­tie. Et chaque fois, je me réveille, impuis­sante, avec la désa­gréable sen­sa­tion que j’aurais pu conti­nuer long­temps à chercher…

Une nuit, cepen­dant, tan­dis que j’étais dans le laby­rinthe, j’ai pour une fois réus­si à deman­der mon che­min. Cette situa­tion inédite a fait émer­ger ma conscience. J’ai sou­dain réa­li­sé en sou­pi­rant : « Oh non, je suis encore dans ce genre de rêve… ». Sans trop y croire, j’ai sui­vi les indi­ca­tions reçues, et, contre toute attente… j’ai enfin trou­vé la sor­tie. Autant dire que je ne tenais plus en place quand, au réveil, j’ai com­pris ce qui venait de se pas­ser. C’est simple : mon sou­la­ge­ment a été tel que j’ai cru m’être éva­dée de pri­son. Une pri­son men­tale dans laquelle j’aurais péné­tré il y a fort longtemps…

Je vais ten­ter d’explorer dans ces deux articles la nature de cette pri­son et le che­mi­ne­ment qui a per­mis de stop­per la répé­ti­tion de cette his­toire. Autrement dit, je vais par­ler du men­tal, de ses stra­té­gies et de l’acceptation, in fine, de ses limites, lais­sant place à une plus pro­fonde connexion avec l’âme.   

                 

Les stratégies du mental (pour ne pas sortir du mental)

Avant d’entrer dans le vif du sujet, j’aimerais par­ler de l’origine du men­tal. D’où vient-il ? A quoi sert-il ? Tel que je vois les choses, le men­tal est une par­tie de l’âme. A l’origine, il a été conçu pour nous per­mettre d’interagir sur le plan humain, à tra­vers nos sens, en créant une sépa­ra­tion illu­soire de notre Moi afin que nous puis­sions nous expé­ri­men­ter à la fois de l’intérieur et de l’extérieur [1]. Bien que ce ne soit pas une manière natu­relle de fonc­tion­ner pour l’âme, cela devait ser­vir notre expé­rience dans la matière, nous per­mettre d’agir dans cet espace-temps.

           

Le cerveau-mental

Le men­tal est donc pour ain­si dire par­ti en mis­sion. Il a pris pour com­pa­gnon de route le meilleur pro­ces­seur qui soit dans le monde phy­sique, capable de contre­ba­lan­cer et d’in­car­ner sa nature éthé­rée : le cer­veau. Ensemble, ils ont vou­lu nous offrir l’expérience la plus cap­ti­vante pos­sible dans cette réa­li­té, et uni­que­ment dans cette réa­li­té. Une immer­sion com­plète dans la bio­lo­gie, dans la com­pré­hen­sion et l’interprétation de ce qui nous entoure et de ce qui nous anime. Une sorte d’incar­na­tion à l’intérieur de nous-mêmes, nous per­met­tant d’avoir des res­sen­tis sen­suels et sen­so­riels qui ne peuvent éma­ner que du fait d’être dans une forme physique.

Le prix à payer pour le men­tal fut sa mise à l’écart volon­taire. A tort et à rai­son, il s’est tapi dans un recoin de l’âme. Il s’est fer­mé. Une sépa­ra­tion phy­sique avec l’âme s’est éga­le­ment ins­tal­lée dans le cer­veau par l’intermédiaire des hémi­sphères cérébraux.

Le cerveau-mental est ain­si res­té blo­qué dans l’espace et le temps, rom­pant le contact avec tout ce qui est au-delà de lui, en par­ti­cu­lier sa connexion avec l’âme. C’est alors qu’il a pro­duit et entre­te­nu la souf­france. Car vivre dans une forme phy­sique dès lors que la per­cep­tion men­tale est res­treinte est inévi­ta­ble­ment lié à la souffrance…

Voyons jus­te­ment com­ment le men­tal s’y prend pour res­treindre notre per­cep­tion. Petit pas­sage en revue de ses stratégies…

                     

Le mental travaille par association

Le men­tal est plu­tôt lit­té­ral, il fait spon­ta­né­ment des asso­cia­tions avec des choses qu’il connaît déjà ou qu’il a déjà faites [2]. Une asso­cia­tion en entraî­nant une autre, on peut très vite se retrou­ver per­du dans un laby­rinthe, si vous voyez ce que je veux dire… 

Le men­tal uti­lise des qua­lias, c’est-à-dire des conte­nus sub­jec­tifs, des conte­nus qui ne peuvent exis­ter que dans et pour une conscience qui en fait l’ex­pé­rience. Ainsi ne pouvons-nous pas entrer dans la conscience d’au­trui pour connaître ses qua­lia, pas plus que nous ne pou­vons faire com­prendre à quel­qu’un nos propres qua­lias. Cela dit, même si les qua­lias sont per­son­nels, notre per­cep­tion est indi­rec­te­ment influen­cée par les qua­lias des autres [3].

       

Le mental aime se conformer

Je me sou­viens d’une période, étant enfant, au cours de laquelle je ne savais pas de quelle main écrire. Je m’étais mis en tête d’essayer les deux pos­si­bi­li­tés jusqu’à pou­voir sen­tir celle avec laquelle je serai le plus à l’aise. Mon père était un gau­cher contra­rié et, bien que je n’eusse pro­ba­ble­ment pas connais­sance de cette infor­ma­tion à ce moment-là, je pense que cela par­ti­ci­pait incons­ciem­ment à mon dilemme. Toujours est-il que ma grand-mère, à l’époque, se moquait ouver­te­ment de moi lorsqu’elle me voyait faire. Elle ne com­pre­nait pas que je puisse hési­ter sur une telle ques­tion. Du haut de mes six ans, j’ai alors fini par me dire que ma vie serait sans doute plus facile si je me confor­mais à ce que j’observais se répé­ter le plus sou­vent autour de moi. J’ai donc déci­dé que je serai droitière. 

Des années plus tard, le « hasard » a vou­lu que je ren­contre une natu­ro­pathe pour qui mon corps était défi­ni­ti­ve­ment gau­cher, même si j’étais « droi­tière ». Ce qu’il faut com­prendre ici, c’est que si mon men­tal a un jour gagné au test de confor­mi­té, cela n’a rien chan­gé pour mon corps. C’est d’ailleurs pré­ci­sé­ment ce qui me fait dire que cette his­toire n’avait à voir qu’avec la confor­mi­té. Le men­tal aime se sen­tir « nor­mal », et si ce qui est consi­dé­ré comme nor­mal à un moment ne l’est plus à un autre, il s’adaptera, en géné­ral, pour se confor­mer à cette nou­velle nor­ma­li­té [4]. Sans doute est-ce pos­sible de se confor­mer pen­dant un cer­tain temps, mais à un moment, quelque chose est obli­gé de chan­ger parce que ce n’est pas dans notre nature pro­fonde… j’y reviendrai.

               

Le mental cherche à reproduire

Pour le men­tal, toute chose doit être repro­duc­tible pour être vraie. N’est-ce pas ain­si que fonc­tionne la science ? Pour que les résul­tats d’une expé­rience soient valides, un scien­ti­fique doit pou­voir la repro­duire dans le temps, encore et encore et encore avec peu ou pas de varia­tion. La méthode scien­ti­fique implique éga­le­ment de sépa­rer le sujet de l’objet, d’effacer le sujet, dans l’idéal com­plè­te­ment, et à défaut le plus pos­sible. Ces méthodes sont ain­si cen­sées garan­tir que la connais­sance scien­ti­fique décrit une « réa­li­té objec­tive », indé­pen­dante non seule­ment du sujet connais­sant [5], mais tout sim­ple­ment de l’observateur [6].

              

Le mental éclipse la créativité

Peut-on être créa­tif en fonc­tion­nant par repro­duc­tion ? Non, mais on peut faire sem­blant d’être créa­tif ! Ainsi le men­tal est-il par exemple par­fai­te­ment capable de nous convaincre que faire de la pein­ture au numé­ro est un gage de créativité.

Sauf que la véri­table créa­ti­vi­té ne passe pas par le men­tal [7]. Elle relève d’une connexion plus pro­fonde qui ne peut se mani­fes­ter que lorsque le men­tal s’éclipse, même tem­po­rai­re­ment et même si l’on n’en a pas conscience.

                  

Le mental adore la distraction

Cherchez à sor­tir du men­tal et celui-ci s’enthousiasmera en vous disant « Super ! Allons au-delà du men­tal ! ». Mouais… Ce qu’il vous dira en réa­li­té, c’est plu­tôt « Non, non. Nous n’allons pas vrai­ment faire ça. Nous allons faire sem­blant de sor­tir du men­tal, depuis l’intérieur du men­tal, mais en fait nous n’irons nulle part. » Vous n’en aurez pro­ba­ble­ment pas conscience mais le men­tal déploie­ra tout un arse­nal de dis­trac­tions – mêmes spi­ri­tuelles – pour vous détour­ner de votre objec­tif, qu’il ne sera de toutes façons jamais en mesure d’atteindre… ! Parce qu’il n’a jamais été pos­sible de sor­tir du men­tal depuis l’intérieur du men­tal. J’en sais quelque chose, j’ai essayé ! Cependant cela s’est réel­le­ment pro­duit dans mon expé­rience au moment où je m’y atten­dais le moins : au cours d’une rup­ture d’anévrysme qui a lais­sé mon men­tal sans voix si l’on peut dire [8].

Mais la plu­part du temps, le men­tal res­te­ra sur son trône tout en amu­sant la gale­rie (dans le meilleur des cas…). Que ne ferait-il pas pour connaître encore et encore cette exal­tante sen­sa­tion d’être supé­rieur à tout ?

                       

Le mental aime agencer, même ce qui ne s’agence pas

Le men­tal veut nous offrir une expé­rience unique et uni­fiée des choses. C’est pour­quoi il passe son temps à agré­ger, telles les pièces d’un puzzle, toutes les don­nées qui lui par­viennent : sons, images, res­sen­tis… Quitte à prendre au pas­sage quelques liber­tés ! Il reçoit en effet ces don­nées en frag­ments et en tranches qui ne coïn­cident pas néces­sai­re­ment entre elles. Mais il a cette capa­ci­té phé­no­mé­nale à faire feu de tout bois, à uti­li­ser même les choses qui ne cor­res­pondent pas et à les agen­cer ensemble. Il peut ain­si assem­bler les pièces d’un puzzle avec des par­ties qui ne s’imbriquent pas ou des cou­leurs qui ne cor­res­pondent même pas.

Il veut nous offrir un tout, mais pas néces­sai­re­ment un tout véri­dique. Il peut par­fai­te­ment nous trom­per sous pré­texte « de faire son boulot ».

                    

Le mental peut permettre, mais un tout petit peu

C’est une ques­tion de sur­vie. Le men­tal veut gar­der le contrôle, il veut tout gérer. Cependant, pour avoir la paix avec cette par­tie de nous qui sent bien qu’« il y a autre chose », il est prêt à négocier.

Ainsi, il peut lâcher un peu de lest, accor­der un peu de liber­té. Une liber­té condi­tion­née, bien sûr, parce qu’il ne fau­drait quand même pas que cela aille trop loin. Arrivera un moment où le men­tal dira « Hey, c’est moi qui dirige. Je suis le chef ici. Nous allons conti­nuer à faire ce que nous fai­sons. Une force exté­rieure est en train d’essayer de me faire dévier de la bonne voie. Alors je vais per­mettre, mais seule­ment un peu. C’est pour ta sécu­ri­té, tu com­prends ? Laisse-moi plu­tôt te dire quoi faire et ne pas faire ». L’ironie de l’histoire, c’est qu’il ne veut pas per­mettre mais a tou­jours besoin de per­mis­sion… Peut-être à com­men­cer par celle de sor­tir du mental…

         

Le mental définit et valide sans cesse l’être humain

Où tout cela nous mène-t-il, me direz-vous ? Au fait que nous sommes deve­nus entiè­re­ment dépen­dants de notre men­tal. Nous avons déses­pé­ré­ment besoin de lui pour nous vali­der. Pour nous jus­ti­fier. Tout le temps. C’est un jeu sans fin dans lequel nous nous retrou­vons frus­trés en permanence.

La véri­table rai­son de cette frus­tra­tion est simple : notre iden­ti­té pro­fonde ne vient pas du men­tal, elle vient de l’âme, et nous le savons à un cer­tain niveau, même s’il est inconscient.

Alors, la seule chose que l’on puisse espé­rer, c’est que le men­tal ait des limites. Mais si tel est le cas, peut-il les fran­chir lui-même ? Sinon, com­ment sor­tir du men­tal ?

C’est ce que nous allons explo­rer dans le pro­chain article. Nous nous ren­drons aux fron­tières du men­tal et même au-delà

                

                   

                   



Notes et références


[1] C’est la dyna­mique de la prise de conscience. Elle est basée sur un double mou­ve­ment : vers l’extérieur (l’observation) et vers l’intérieur (le retour d’expérience), offrant ain­si à l’être humain l’incroyable pos­si­bi­li­té de s’expérimenter à la fois de l’extérieur et de l’intérieur.
[2] Plus géné­ra­le­ment au sujet des asso­cia­tions men­tales, voir la confé­rence d’Idriss Aberkane Le Cerveau excellent.
[3] D’après la dyna­mique de l’univers connec­té  de Nassim Haramein. Vous pou­vez consul­ter l’ar­ticle sur la conscience quan­tique pour une entrée en matière.
[4] Voir par exemple à ce sujet l’expé­rience de confor­mi­té de Asch.
[5] Pour aller plus loin, vous pou­vez consul­ter l’article Objectivité et sub­jec­ti­vi­té : la per­cep­tion uni­fiée.
[6] Le rôle de l’ob­ser­va­teur pour­rait bien être beau­coup plus impor­tant que pré­vu, comme la phy­sique quan­tique le montre.
[7] Le men­tal per­met de créer mais n’est pas créa­tif, voir l’article sur le prin­cipe de men­ta­lisme à ce sujet.
[8] Pour connaître les détails de cette affaire, vous pou­vez lire Mon his­toire.

 




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