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Mise à jour : 8 février 2020

De la dualité à l’unité 1/3

Objectivité et subjectivité : la perception unifiée

 

objectivite-scientifique


« Comment « l’illusion » d’un monde extérieur peut-elle abou­tir à une science effi­cace ? »
[1] 

              

Si je m’en tiens à mon expé­rience (voir Mon his­toire), la ques­tion d’un monde exté­rieur se pose en effet. Car dans l’état de pré­sence, l’objectivité et la sub­jec­ti­vi­té sont indis­tin­guables. Il n’y a plus de fron­tières entre le monde inté­rieur et le monde exté­rieur. La sen­sa­tion d’unité à laquelle j’ai accé­dé a dis­sous la sépa­ra­tion arti­fi­cielle créée par le men­tal, tout sim­ple­ment parce qu’elle a dis­sous le men­tal.

Si prendre l’illusion d’un monde exté­rieur pour une réa­li­té n’aboutit mani­fes­te­ment pas à une science effi­cace – à en juger par la sépa­ra­tion actuelle de nos phy­siques – suivre la voie de l’unité peut mener, d’après mes recherches, vers une théo­rie d’unification.

 

Expérimentation / Expérience intérieure

Une science abor­dée en rela­tion avec la conscience ne peut pas cher­cher à être objec­tive. En fait, la notion d’objectivité s’évanouit d’elle-même lors­qu’on parle de la conscience. Car l’objectivité sup­pose une sépa­ra­tion entre le sujet et l’objet, alors que la conscience repose sur l’unité. Une science consciente n’a pas pour point de départ l’illusion de la sépa­ra­tion, mais la conscience de l’unité. Une science consciente n’a rien à voir avec une science objec­tive.

C’est pour­tant bien la recherche de l’objectivité qui guide actuel­le­ment la science. Elle passe par l’utilisation de la méthode scien­ti­fique, et en par­ti­cu­lier l’ex­pé­ri­men­ta­tion, non pas au sens de la per­cep­tion immé­diate – l’expérience inté­rieure – mais en tant que dis­po­si­tif expé­ri­men­tal. Ce qui implique de sépa­rer le sujet de l’ob­jet, d’ef­fa­cer le sujet, dans l’idéal com­plè­te­ment, et à défaut le plus pos­sible.

Les scien­ti­fiques uti­lisent éga­le­ment la répé­ti­tion des obser­va­tions et le recours aux sta­tis­tiques pour sous­traire leur propre influence de ce qu’ils observent. Ces méthodes sont ain­si cen­sées garan­tir que la connais­sance scien­ti­fique décrit une « réa­li­té objec­tive », indé­pen­dante du sujet connais­sant [2].

 

L’angle mort de la science

microscopeLe phi­lo­sophe Michel Bitbol rap­pelle que l’expérience consciente est la condi­tion préa­lable de l’objectivation. Nous avons en effet besoin de la conscience pour conce­voir le monde comme étant com­po­sé d’objets sépa­rés, sans aucune rela­tion avec nous. C’est pour­quoi selon lui la néga­tion du sujet au pro­fit des objets repré­sente l’« angle mort de la science » [3]. Pour lui :

 

« Il y a l’œil de la science, mais l’œil de la science ne se voit pas lui-même. » [4]

 

L’aspect le plus évident de la réa­li­té – l’expérience inté­rieure – est per­du de vue en faveur de ses objets. On abou­tit par consé­quent à des théo­ries de phy­sique qui sont soit un miroir de la nature (« une repré­sen­ta­tion fidèle de la réa­li­té telle qu’elle est en elle-même » [5], ou un rele­vé fidèle des phé­no­mènes obser­vés), soit une pro­jec­tion de l’es­prit (« nous (…) sur­im­po­sons nos concepts et nos vues sur notre image de la nature » [6]).

 

Systèmes isolés Vs Interdépendance

Je consi­dère éga­le­ment que c’est une grande pro­blé­ma­tique. En somme, une science est objec­tive si elle décrit le réel, si elle est conforme à la réa­li­té. Supposons que l’on mette de côté d’une part ce qu’est la réa­li­té et d’autre part la seule chose qui nous per­met de l’appréhender, à savoir la vraie per­cep­tion (voir à ce sujet ce qu’est la vision péné­trante). Supposons donc que nous nous basons sim­ple­ment sur une réa­li­té consen­suelle, il n’en reste pas moins que la science n’arrive même pas à être en confor­mi­té avec cette réa­li­té.

systemes-isoles-physique

Par exemple, notre phy­sique est basée sur les sys­tèmes iso­lés. Un sys­tème iso­lé est « (…) un sys­tème phy­sique qui n’in­te­ra­git pas avec son envi­ron­ne­ment : il n’é­change ni éner­gie, ni matière, ni infor­ma­tion » [7]. Je veux bien conce­voir qu’un tel sys­tème existe et que ce serait d’ailleurs la rai­son logique pour laquelle notre phy­sique se base­rait des­sus.

Par contre je ne peux pas cau­tion­ner la cohé­rence de notre démarche scien­ti­fique si la défi­ni­tion se pour­suit ain­si : « Des sys­tèmes véri­ta­ble­ment iso­lés n’existent pas dans la réa­li­té phy­sique. Il y a tou­jours des inter­ac­tions avec l’en­vi­ron­ne­ment (par exemple la gra­vi­té opé­rant entre la masse du sys­tème et les masses exté­rieures) » [8]. Donc, nous sommes conscients qu’un sys­tème iso­lé n’existe pas dans la réa­li­té, mais nous basons quand même notre phy­sique des­sus… Où est l’objectivité dans cette démarche ? C’est plu­tôt inco­hé­rent, non ?

Et même si l’on m’explique que « cepen­dant, un sys­tème réel peut se com­por­ter comme un sys­tème iso­lé avec une bonne approxi­ma­tion » [9], un sys­tème réel n’est pas un sys­tème iso­lé. Ce n’est pas la réa­li­té, et encore moins la réa­li­té dont nous sommes conscients. Alors pour­quoi ne tentons-nous pas une autre approche ?

 

Tout interagit continuellement…

Nassim Haramein est lui-même pas­sé par ce ques­tion­ne­ment… et, heu­reu­se­ment, a ten­té une autre approche. En fai­sant le choix a prio­ri le plus com­plexe et le plus contrai­gnant – celui de consi­dé­rer les sys­tèmes comme inter­dé­pen­dants – il abou­tit fina­le­ment à une et une seule théo­rie de phy­sique, plus simple, plus effi­cace et plus objec­tive (voir la théo­rie du champ uni­fié). Pour lui, c’est le fait de consi­dé­rer les choses comme sépa­rées les unes des autres qui a impli­qué que :

 

« N’avons pas com­pris l’électron et l’atome. Parce que l’électron et l’atome – et tout ce qu’il y a dans l’Univers – sont inter­dé­pen­dants. Rien à voir avec des sys­tèmes iso­lés  (…) Quand vous com­men­cez à com­prendre [que tout inter­agit conti­nuel­le­ment], alors vous pou­vez conce­voir une théo­rie réel­le­ment élé­gante. A ce moment-là, on peut ima­gi­ner cor­rec­te­ment les par­ti­cules sub­ato­miques. » [10]

 

…depuis l’infiniment petit

C’est éga­le­ment l’avis de Michel Bitbol, qu’il exprime avec d’autres mots. Il consi­dère en effet que la phy­sique a vrai­ment fait des pro­grès quand on a com­men­cé à pen­ser en termes de rela­tion plu­tôt qu’en termes de pro­prié­tés intrin­sèques. Le bas­cu­le­ment s’est pro­duit à l’arrivée de la phy­sique quan­tique car alors, on ne pou­vait plus rai­son­ner sur les bases de la phy­sique clas­sique et pré­sup­po­ser que les corps avaient une exis­tence et des pro­prié­tés intrin­sèques (voir à ce pro­pos les articles sur la théo­rie quan­tique). C’est selon lui l’un des ensei­gne­ments fon­da­men­taux de la phy­sique quan­tique :

 

« Peut-être que la théo­rie quan­tique nous a révé­lé que la nature n’a pas de nature intrin­sèque, peut être que c’est LA vraie révé­la­tion de la méca­nique quan­tique. » [11]

 

Il y a donc là un point de conver­gence très impor­tant autour de l’interdépendance, ou, comme le nom­me­rait Michel Bitbol à l’instar des boud­dhistes, « l’apparition en dépen­dance du connais­seur et du connu » [12]. Selon lui, il fau­drait pen­ser une théo­rie de phy­sique à mi-chemin entre le « miroir de la nature » [13] et la « pro­jec­tion de l’esprit » [14], c’est-à-dire une théo­rie qui serait « l’ex­pres­sion d’une inter­ac­tion entre nous et la nature. » [15]

 

Le mouvement de l’unité

Une dynamique entre expansion et contraction…

mouvement-expansion-contraction

Dans la théo­rie de Nassim Haramein, les mou­ve­ments d’ex­pan­sion et de contrac­tion sont inter­dé­pen­dants. La dyna­mique qui les unit est une dyna­mique de feed­back. Et dans mon expé­rience, elle s’est tra­duite par le fait que le mou­ve­ment qui m’a conduit à tou­cher l’état de pré­sence à l’intérieur de moi a eu son pen­dant exté­rieur grâce à l’enchaînement favo­rables des évé­ne­ments, et en par­ti­cu­lier la pré­sence de Madeleine. Ce qui en retour a influen­cé mon expé­rience inté­rieure. J’ai éga­le­ment fait l’expérience du point d’équilibre entre les deux mou­ve­ments : l’immobilité – la pré­sence – l’espace où tous les mou­ve­ments s’annulent… parce qu’ils s’unifient.

 

expansion-contraction-naissance

L’expression d’une inter­ac­tion entre l’extérieur et l’intérieur, entre l’expansion et la contrac­tion, cor­res­pond à ce que nous enseigne la nature. A notre échelle, nous pou­vons obser­ver cette dyna­mique lors d’une nais­sance par exemple. Elle se mani­feste sous sa forme la plus tan­gible lors de l’accouchement par voie natu­relle. Toute femme qui a accou­ché ain­si, tout bébé qui est né par ce pro­ces­sus, en ont fait l’expérience : pas d’expansion – de nais­sance – sans contrac­tions. Ce sont les contrac­tions qui déclenchent la dyna­mique de l’accouchement, grâce à laquelle le bébé peut être expul­sé et naître. Il existe un feed­back entre l’expérience de la mère et l’expérience du bébé.

L’expression d’une inter­ac­tion entre l’intérieur et l’extérieur, cela pour­rait cor­res­pondre éga­le­ment à ce que nous enseignent les neu­ros­ciences quant à notre pro­ces­sus d’apprentissage. L’être humain apprend par retour d’information, et il apprend de manière opti­male si ce feed­back entre lui et l’extérieur est immé­diat [16]. Nassim Haramein consi­dère que ce pro­ces­sus d’apprentissage est constam­ment à l’œuvre dans l’univers, à toutes les échelles, grâce au feed­back d’information qui repose sur la dyna­mique liant les mou­ve­ments d’expansion et de contrac­tion.

 

…qui ne laisse souvent percevoir que l’expansion

Voir les choses de cette manière met au défi notre concep­tion actuelle de l’univers qui veut que celui-ci soit seule­ment en expan­sion. Ce fai­sant, elle conduit nos théo­ries de phy­sique à ne tenir compte que d’une par­tie du mou­ve­ment. La contre­par­tie – qui nous est pour­tant ensei­gnée par la troi­sième loi de Newton en ces termes « pour toute action, il existe une réac­tion égale et oppo­sée » – est com­plè­te­ment igno­rée [17].

Pour Nassim Haramein, consi­dé­rer seule­ment l’expansion revient tout sim­ple­ment à pas­ser à côté de la moi­tié de la dyna­mique de l’Univers. Parce que l’expansion dépend de la contrac­tion. Pourtant, nous fai­sons beau­coup d’études sur ce qui est en expan­sion et très peu sur ce qui est en contrac­tion… parce que nos sens et nos ins­tru­ments ne nous per­mettent pas d’observer la contrac­tion. Dès lors, tout se passe comme si elle n’existait pas. Nous nous foca­li­sons uni­que­ment sur la par­tie en expan­sion, et nous basons notre science sur des explo­sions et des col­li­sions de par­ti­cules.

Selon lui, le feed­back d’information constant entre l’expansion et la contrac­tion a lieu plus pré­ci­sé­ment entre le vide et la matière (voir l’article L’univers frac­tal et holo­gra­phique). Ce type de retour d’information conti­nu avait déjà été envi­sa­gé dès 1971 par le phy­si­cien David Bohm dans sa théo­rie de l’Univers holo­gra­phique, qui est l’ob­jet du pro­chain article.

 


Points clés

  • La néga­tion du sujet au pro­fit des objets repré­sente l’angle mort de la science.
  • Considérer l’in­ter­dé­pen­dance des sys­tèmes mène à une science plus simple, plus effi­cace et plus objec­tive.
  • L’univers est en expan­sion ET en contrac­tion. Il existe un feed-back conti­nu entre ces deux mou­ve­ments, du vide quan­tique à la matière.

 

 

 


Notes et références
    

[1] BITBOL Michel, Plongée dans les abysses de la conscience avec Michel Bitbol (par­tie 2/2), In : Monde des grandes écoles et uni­ver­si­tés
[2] Ces pro­pos sont ins­pi­rés du mémoire de Vincent Devictor, L’objectivité dans la recherche scien­ti­fique, 2011
[3] BITBOL Michel, La conscience a‑t-elle une base maté­rielle ? In : Fleurs du dhar­ma, Mind and Life XXVI : Esprit, cer­veau et matière, p.5
[4] Ibid.
[5] BITBOL Michel. (2013, 18 jan­vier). La méca­nique quan­tique : une théo­rie sans vue sur le monde ? In : Fleurs du dhar­ma, Mind and Life XXVI : Esprit, cer­veau et matière, p.1
[6] Ibid., p.2
[7] WIKIPEDIA. Système iso­lé
[8] Ibid.
[9] Ibid.
[10] HARAMEIN Nassim. (2003). Nassim Haramein at Rogue Valley Metaphysical Library (1) Traduction dis­po­nible ici.
[11] BITBOL Michel, La méca­nique quan­tique : une théo­rie sans vue sur le monde ? op.cit., p.7
[12] Ibid. p.2
[13] Ibid. p.1
[14] Ibid. p.2
[15] Ibid.
[16] Voir les tra­vaux de Stanislas Dehaene, Professeur au Collège de France, chaire de psy­cho­lo­gie expé­ri­men­tale, (2013, 7 novembre)  Les quatre piliers de l’ap­pren­tis­sage, ou ce que nous disent les neu­ros­ciences 
Voir éga­le­ment l’article Comment apprend-on ? pour une vue plus glo­bale du pro­ces­sus d’apprentissage.
[17] HARAMEIN Nassim. (2003). Nassim Haramein at Rogue Valley Metaphysical Library (1), op.cit.

              




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