0 Partages

Mise à jour : 7 février 2020

Du fini à l’infini 2/2

De la renormalisation aux fractales

renormalisation-infini

 

« La théo­rie quan­tique des champs, à ce jour, [éli­mine] grâce à un pro­ces­sus de renor­ma­li­sa­tion, (…) une den­si­té d’éner­gie qui serait for­mel­le­ment infi­nie si on ne l’ex­cluait pas des cal­culs grâce à cette renor­ma­li­sa­tion. » [1]

 

Au niveau cos­mo­lo­gique comme au niveau quan­tique, les équa­tions pré­disent l’infini. Pourtant, nos théo­ries stan­dards de phy­sique ne reflètent pas ces pré­dic­tions. Soit elles ignorent l’infini s’il pro­vient des sin­gu­la­ri­tés du niveau cos­mo­lo­gique. Soit, au niveau quan­tique, elles tentent de l’éliminer par renor­ma­li­sa­tion, c’est-à-dire de le rendre fini, acces­sible, mesu­rable. C’est ce que je vous pro­pose de décou­vrir dans cet article.

             

Point zéro

L’énergie du point zéro, ou éner­gie du vide quan­tique, repré­sente l’énergie qui sub­siste lorsque toute autre forme d’énergie a été enle­vée. Le cal­cul montre que cette éner­gie – la plus basse du champ quan­tique donc – est infi­nie. Par consé­quent, on ne peut pas la dif­fé­ren­cier d’une éner­gie plus éle­vée. Sauf à attri­buer par renor­ma­li­sa­tion la valeur zéro au niveau le plus bas, per­met­tant par là même d’observer et de mesu­rer des varia­tions d’éner­gie par rap­port à ce plan­cher.

densite-vide-quantique

Cette renor­ma­li­sa­tion n’est pas incom­pa­tible avec une esti­ma­tion de la valeur de l’énergie du vide. Afin de réa­li­ser cette esti­ma­tion, les phy­si­ciens uti­lisent la dis­tance de Planck : 1,616 x 10-33 cm. Loin d’être la plus petite chose qui existe dans l’Univers, cette valeur est la condi­tion limite fon­da­men­tale qui défi­nit notre rela­tion à lui. La dis­tance de Planck per­met de cal­cu­ler la den­si­té de 1 cm3 de vide, qui équi­vaut à 1093 g/cm3 (voir éga­le­ment l’article L’unité, de l’éther à l’espace). Ainsi l’infini est-il arti­fi­ciel­le­ment ren­du fini.

             

Zéro pointé

Si elle appar­tient au domaine de la phy­sique, la renor­ma­li­sa­tion, dans son prin­cipe, trouve un cer­tain écho dans le domaine médi­cal et dans la façon dont les champs de conscience sont envi­sa­gés. Ainsi la conscience est-elle renor­ma­li­sée afin d’entrer dans des cases qui cor­res­pondent à cer­tains pro­ces­sus men­taux, au-delà des­quels elle n’a pour ain­si dire plus de réa­li­té.

Ce n’est pas la façon de pen­ser de Nassim Haramein. Ni en termes de phy­sique, ni en termes de conscience. Pour lui :

 

« Depuis plus de 100 ans – depuis qu’on a décou­vert qu’il y a une quan­ti­té infi­nie d’énergie en chaque point – au lieu de dire « on a trou­vé la source de la créa­tion », on a cher­ché un moyen d’arrêter les infi­nis (…). La dis­tance de Planck est deve­nue la fin de l’équation. » [2]

 

On pour­rait dire que l’infini ne lui fait pas peur, et consi­dé­rer sa démarche beau­coup plus objec­tive. En fait, elle est sim­ple­ment beau­coup plus consciente. Mais com­ment fait-il pour prendre en compte l’infini dans sa théo­rie du champ uni­fié ? Pour le savoir, il faut s’in­té­res­ser aux frac­tales !

 

Les fractales

chou-fleur-fractale

Fractale et anévrisme

A l’échelle humaine, un ané­vrisme, par exemple, per­met d’observer ce qu’est une dyna­mique frac­tale. En effet, il ren­ferme un flux san­guin tur­bu­lent qui, s’il donne au pre­mier abord une impres­sion de désordre et de com­plexi­té, est au contraire très struc­tu­ré lorsqu’on y regarde de plus près. Les « tour­billons » qui le com­posent suivent un pro­ces­sus frac­tal. La divi­sion des grands tour­billons en tour­billons plus petits per­met un trans­fert d’éner­gie des grandes vers les petites échelles, telles des cas­cades d’éner­gie.

En tant que par­tie évo­luant en inter­dé­pen­dance avec le corps humain, l’anévrisme est éga­le­ment dans une rela­tion frac­tale avec lui. Plus géné­ra­le­ment, au niveau bio­lo­gique, il existe une inter­dé­pen­dance entre les par­ties et les touts, ces touts étant eux-mêmes tou­jours des par­ties d’un tout plus grand. Ainsi, pour exis­ter, le corps humain dépend des organes, qui dépendent des cel­lules, qui dépendent de l’ADN et ain­si de suite. Chaque niveau supé­rieur repre­nant les carac­té­ris­tiques du pré­cé­dent tout en y appor­tant des fonc­tions sup­plé­men­taires.

           

Le maillon fort

On parle alors d’holar­chie, d’après le terme d’Arthur Koestler [3]. Une holar­chie contient des élé­ments – des holons (ici l’ADN, les cel­lules, les organes…) – qui fonc­tionnent à la fois comme un tout auto­ré­gu­lé et comme une par­tie d’un tout plus grand (le corps humain). Les holons sont reliés au tout, qui dépend d’eux. Ainsi, une holar­chie implique une rela­tion hié­rar­chique dans laquelle chaque niveau fonc­tionne en auto­no­mie, et où le niveau le plus petit est le plus impor­tant, car il condi­tionne tous les niveaux supé­rieurs. Tous les niveaux sont impli­qués dans une dyna­mique de retro-alimentation de l’information, s’influençant ain­si mutuel­le­ment.

Ce point de vue se rap­proche de celui de Nassim Haramein, pour qui regar­der l’infini et les sys­tèmes finis comme oppo­sés mène notre phy­sique dans une impasse. Il vau­drait mieux selon lui les consi­dé­rer comme com­plé­men­taires, et pour ce faire, uti­li­ser les frac­tales.

                

Un ordre derrière le désordre

fractales-autosimilariteLe terme « frac­tale », déri­vé de l’adjectif épo­nyme, a été créé par le mathé­ma­ti­cien franco-américain Benoît Mandelbrot en 1974. Ce terme vient du latin frac­tus, qui signi­fie « bri­sé, irré­gu­lier ». L’irrégularité ou la frag­men­ta­tion carac­té­risent en effet les formes frac­tales et en empêche la des­crip­tion en termes géo­mé­triques tra­di­tion­nels.

Il peut paraître para­doxal qu’un mathé­ma­ti­cien se soit inté­res­sé à de telles formes, qui semblent par leur com­plexi­té et leur irré­gu­la­ri­té à l’opposé même des mathé­ma­tiques. Le fait est que Benoît Mandelbrot ne voyait pas une forme irré­gu­lière lorsqu’il regar­dait une frac­tale, mais une struc­ture, un motif se répé­tant à l’infini par un pro­ces­sus ité­ra­tif. Cette carac­té­ris­tique est appe­lée auto-similarité et peut être énon­cée de la façon sui­vante : un agran­dis­se­ment d’une par­tie de la struc­ture frac­tale fait inva­ria­ble­ment réap­pa­raître l’ensemble de la struc­ture. Une frac­tale se construit par homo­thé­tie, c’est-à-dire que sa struc­ture se repro­duit à l’identique à toutes les échelles, et ce à l’infini. Autrement dit, une frac­tale tend vers l’infini, et pour­tant cha­cun de ses niveaux génère une limite, d’où la notion de com­plé­men­ta­ri­té entre le fini et l’infini.

Pour Benoît Mandelbrot, de nom­breuses formes pré­sentes dans la nature peuvent être décrites par des frac­tales. Dès lors, les mathé­ma­tiques ne s’appliquent plus seule­ment aux formes lisses (cercles, tri­angles, car­rés…), mais intègrent la rugo­si­té. C’est ain­si qu’on peut appli­quer des lois mathé­ma­tiques à des objets ou des phé­no­mènes qui semblent y échap­per. Et ils sont plu­tôt nom­breux ! On peut citer notam­ment : la struc­ture des pou­mons, des roches, de la foudre, la répar­ti­tion des struc­tures des branches d’arbres, la répar­ti­tion des galaxies… Il y a donc un ordre der­rière le désordre appa­rent.

                  

Fractales et nombre d’or

spirale-nombre-d-or

Nassim Haramein parle de sys­tèmes hau­te­ment orga­ni­sés qui génèrent des struc­tures frac­tales par­tout dans la nature. Même si cha­cune de ces struc­tures semble par­ti­cu­lière, elles « obéissent [toutes] en réa­li­té à la même pro­por­tion Phi [le nombre d’or] : 1,618. Toujours 1,618 fois plus petit ou plus grand » [4]. En sui­vant cette logique, on ne trou­ve­ra jamais selon lui la « par­ti­cule de Dieu » que cherche la phy­sique quan­tique parce qu’il exis­te­ra tou­jours une par­ti­cule plus petite. Et éli­mi­ner l’infini n’y chan­ge­ra rien.

 

Un modèle fondamental de division

Il vau­drait mieux cher­cher un modèle fon­da­men­tal de divi­sion de l’espace. Les frac­tales offrent cette pos­si­bi­li­té, car ain­si qu’il l’explique : « au moyen de divi­sions infi­nies nous pou­vons géné­rer une « sin­gu­la­ri­té », une connexion avec tout le reste » [5]. Ce modèle fon­da­men­tal nous donne en fait la clé de com­pré­hen­sion du pro­ces­sus de créa­tion. Dès lors, peu importe l’échelle à laquelle nous obser­vons les choses car :

 

« Chaque point contient tout, chaque point contient toute l’information. Chaque point est connec­té au reste des points de l’Univers. » [6]

 

Ainsi, chaque limite frac­tale est pro­duite par divi­sion de l’es­pace et génère une struc­ture spé­ci­fique, des coor­don­nées spé­ci­fiques dans l’espace-temps. Chacune de ces limites peut par consé­quent être défi­nie comme un ensemble très spé­ci­fique d’in­for­ma­tions. Ce pro­ces­sus étant ité­ra­tif d’un niveau à l’autre, cela signi­fie qu’un nombre infi­ni d’in­for­ma­tions peut à chaque niveau être inté­gré au sein d’une struc­ture finie.

Vous vou­lez connaître quelque chose d’en­core plus inté­res­sant ? Les frac­tales sont les motifs qui se des­sinent lors­qu’on étu­die le com­por­te­ment des sys­tèmes chao­tiques, comme peut l’être un ané­vrisme… Pour en savoir plus, vous pou­vez lire les articles consa­crés à l’effet papillon.

 


Points clés

  • La théo­rie quan­tique éli­mine par renor­ma­li­sa­tion la valeur infi­nie de l’énergie du vide pré­dite par les équa­tions.

  • La théo­rie du champ uni­fié réin­tro­duit l’in­fi­ni grâce aux frac­tales. Ainsi, fini et infi­ni ne sont pas oppo­sés mais com­plé­men­taires.

  • Les frac­tales per­mettent de trou­ver un modèle fon­da­men­tal de divi­sion de l’es­pace plu­tôt qu’une par­ti­cule fon­da­men­tale.

                 

                   

                   


Notes et références

[1] MISNER Charles W., THORNE Kip S., WHEELER John Archibald, Gravitation, Londres : W.H. Freeman, « Physics Series », 1973, cités par HARAMEIN Nassim, L’Univers déco­dé ou la théo­rie de l’unification, Québec : Editions Louise Courteau, 2012, p.24
[2] HARAMEIN Nassim. (2016, 23 avril). [Vidéo]. L’Univers connec­té : la solu­tion de masse holo­gra­phique et la source de la conscience
[3] Le terme « holar­chie » a été créé par Arthur Koestler dans son livre The Ghost in the Machine publié en 1967 (Ed. Hutchinson). Le titre du livre fait réfé­rence à une expres­sion du phi­lo­sophe anglais Gilbert Ryle, pour qui l’esprit ne dif­fère pas de l’activité du corps.
[4] HARAMEIN Nassim. (2003). [Vidéo]. Nassim Haramein at Rogue Valley Metaphysical Library (1) Traduction dis­po­nible ici.
[5] Ibid.
[6] Ibid.

 




Laisser un commentaire

Votre adresse de mes­sa­ge­rie ne sera pas publiée. Les champs obli­ga­toires sont indi­qués avec *

Newsletter

Suivez-moi

0 Partages
Tweetez
Partagez
Partagez