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Mise à jour : 10 février 2020

Hasard ou synchronicité ? 2/4

inconscient-et-synchronicite

Le pre­mier article de cette série était consa­cré à l’aspect his­to­rique des syn­chro­ni­ci­tés, terme créé par Carl Jung. Je vous pro­pose ici d’explorer un autre thème cher à ce psy­cha­na­lyste : l’inconscient. Mais tout d’abord, j’aimerais reve­nir sur les carac­té­ris­tiques des syn­chro­ni­ci­tés.

Historiquement, la notion d’acau­sa­li­té arrive en tête de liste des élé­ments défi­nis­sant les syn­chro­ni­ci­tés. Ainsi que l’explique Jung : « (…) le prin­cipe de cau­sa­li­té (…) parais­sait insuf­fi­sant pour éclai­rer cer­tains phé­no­mènes remar­quables de la psy­cho­lo­gie incons­ciente. Je décou­vris en effet l’exis­tence de phé­no­mènes psy­cho­lo­giques paral­lèles entre les­quels il n’est abso­lu­ment pas pos­sible d’é­ta­blir une rela­tion cau­sale mais qui doivent être dans un autre ordre de connexions. » [1]

En fait, les évé­ne­ments syn­chro­nis­tiques échappent non seule­ment au prin­cipe de cau­sa­li­té mais éga­le­ment aux pro­ba­bi­li­tés sta­tis­tiques et à la repro­duc­ti­bi­li­té. Ainsi, ces évé­ne­ments rares et uniques échappent-ils au fon­de­ment même de notre concep­tion des lois natu­relles, au consen­sus sur lequel nous basons notre réa­li­té, et, fina­le­ment, à la science. A la notion de cau­sa­li­té telle que le déter­mi­nisme clas­sique la défi­nit, Jung a sub­sti­tué par néces­si­té un prin­cipe de simi­li­tude de sens.

              

Le sens, la cause et l’information

De l’acausalité…

synchronicite-et-causaliteEnvisager les syn­chro­ni­ci­tés semble dès lors nous invi­ter à modi­fier notre concep­tion du monde. Autant dire que le défi est de taille tel­le­ment la toute-puissance de la cau­sa­li­té est pro­fon­dé­ment ancrée en nous ; au point qu’il paraisse impen­sable que des évé­ne­ments sans cause puissent se pro­duire. Pour autant, envi­sa­ger les syn­chro­ni­ci­tés doit-il nous ame­ner à consi­dé­rer que nous vivons dans un uni­vers où le sens sup­plante fina­le­ment la cause ?

Il y a deux manières d’examiner cette ques­tion. Soit les évé­ne­ments syn­chro­nis­tiques ont une cause, mais celle-ci étant inac­ces­sible, on ne peut les dis­tin­guer que par le sens. Cette inter­pré­ta­tion est en faveur d’une théo­rie de l’information, où l’absence de cause équi­vau­drait sim­ple­ment à une absence d’information [2].

Soit ces évé­ne­ments n’ont véri­ta­ble­ment pas de cause. Mais ain­si que nous l’explique l’astrophysicien Hubert Reeves, il est ris­qué de par­ler d’acausalité puisque : 

« Un évé­ne­ment est dit acau­sal jusqu’à ce qu’on ait décou­vert sa cause. C’est-à-dire son appar­te­nance au monde des causes et des effets. (…) L’histoire des sciences c’est, en défi­ni­tive, la liste des rela­tions cau­sales décou­vertes suc­ces­si­ve­ment entre des objets appa­rem­ment sans rela­tion. » [3]

                  

… à l’inconscient

Voilà l’un des ensei­gne­ments que je peux tirer de mon expé­rience, même si elle ne fera pro­ba­ble­ment jamais par­tie de l’histoire des sciences ! Elle illustre en effet les pré­cau­tions à prendre avec l’acausalité. Ainsi, si l’arrêt de la seconde hémor­ra­gie n’avait aucune cause pour l’équipe médi­cale, elle en avait une bien réelle pour moi : l’intervention toute en syn­chro­ni­ci­té de Madeleine. Intervention qui elle-même avait une cause, à laquelle nous seules avions accès à ce moment-là : mon choix de vivre. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que ce choix était char­gé de sens… ! Finalement, la seule dif­fé­rence entre l’équipe médi­cale et moi repo­sait donc sur les infor­ma­tions sup­plé­men­taires à ma dis­po­si­tion. Ce qui nous ramène à la théo­rie de l’information, dans laquelle il n’y a plus à choi­sir entre la cause et le sens, les deux ne s’excluant pas l’une l’autre.

Les appa­rences sont pour­tant trom­peuses. En effet, si l’on adopte la pers­pec­tive d’un quo­ti­dien régit par la loi de cau­sa­li­té et pou­vant appa­raître comme dénué de sens, tout évé­ne­ment acau­sal et char­gé de sens sera consi­dé­ré comme en oppo­si­tion à la norme. Mais quand bien même notre loi de cau­sa­li­té ne s’appliquerait pas à cet évé­ne­ment, est-ce pour autant qu’aucune loi de cau­sa­li­té ne serait appli­cable ? Je m’explique : notre loi de cau­sa­li­té a été éta­blie à par­tir des évé­ne­ments aux­quels notre conscience a accès. Des évé­ne­ments qui sont par­ve­nus jusqu’à notre champ de conscience. Et elle ne peut s’appliquer qu’à ces évé­ne­ments. Je parle donc d’une cau­sa­li­té qui met­trait en jeu un autre niveau de conscience que celui à par­tir duquel nous inter­agis­sons avec le réel. Une cau­sa­li­té qui met­trait en jeu l’incons­cient.

               

Synchronicités : une expression de l’inconscient

Changer de perspective

conscient-et-inconscientInclure le champ de l’inconscient dans l’équation de la cau­sa­li­té ne veut pas dire que l’on ne peut plus appli­quer le prin­cipe de cau­sa­li­té. Cela veut sim­ple­ment dire que l’on ne peut pas obser­ver sa mise en œuvre dans le champ d’application qui nous est acces­sible. Car si seul l’effet est acces­sible, com­ment pour­rions éta­blir une rela­tion entre l’effet et la cause ?

En revanche, au niveau du champ d’information de l’univers, qu’est-ce qui empê­che­rait qu’une loi de cau­sa­li­té soit à l’œuvre ? Une loi dont nous ne ver­rions l’application qu’au filtre très réduit de notre champ de conscience ?

Si tel était le cas, cela signi­fie­rait que le prin­cipe de cau­sa­li­té agi­rait tout le temps et sur tous les plans mais que nous ne pour­rions obser­ver son action que sur des évé­ne­ments mani­fes­tés. C’est-à-dire des évé­ne­ments par­ve­nus jusqu’à notre champ de conscience, indi­vi­duel ou col­lec­tif. Dans ce scé­na­rio, pour la très grande majo­ri­té d’entre nous, la cau­sa­li­té pren­drait tou­jours le pas sur le sens dans notre inter­pré­ta­tion du monde. Et ce parce que le niveau de conscience à par­tir duquel nous inter­pré­tons le monde est men­tal. Il est linéaire, méca­nique, fon­dé sur l’enchaînement pas­sé / pré­sent / futur et donc sur la cau­sa­li­té. Autant dire que ce scé­na­rio res­sem­ble­rait beau­coup à la réa­li­té que nous connais­sons ! Pourquoi, alors, s’y attar­der ?

Parce qu’il élar­git consi­dé­ra­ble­ment notre pers­pec­tive. La cau­sa­li­té, à l’intérieur du cadre men­tal dans lequel nous l’appliquons, exclut le champ de l’inconscient. Cependant, le fait que, mal­gré tout, les syn­chro­ni­ci­tés se mani­festent doit nous faire envi­sa­ger de le prendre en compte. Nous devons l’envisager parce que les syn­chro­ni­ci­tés n’apportent pas n’importe quel type d’information : elles révèlent des infor­ma­tions qui sont en réso­nance avec le champ du conscient. C’est pour­quoi elles font sens.

             

Un plan de causalité inaccessible

Les syn­chro­ni­ci­tés nous donnent fugi­ti­ve­ment accès à l’inconscient. Précisément, elles ouvrent la conscience à une réso­nance avec l’inconscient. Dès lors, elles peuvent s’inscrire dans le cadre de la théo­rie de l’univers connec­té de Nassim Haramein. C’est-à-dire dans le feed­back conti­nu d’information entre la matière et le vide, entre ce qui par­vient à la conscience et ce qui reste dans le champ de l’inconscient. A son tour, le lien inal­té­rable entre ces deux champs doit nous ame­ner à une autre vision des choses. Afin de réa­li­ser qu’une cause incons­ciente puisse avoir un effet conscient et qu’une cause consciente puisse avoir un effet incons­cient.

Nassim Haramein montre que le vide quan­tique – la conscience ou encore l’énergie – est la source de la matière (voir la théo­rie du champ uni­fié). Ce qui nous enseigne deux choses. Premièrement il n’y a pas de sépa­ra­tion entre l’éner­gie du vide et la matière. Et deuxiè­me­ment, il existe une rela­tion de cau­sa­li­té entre les deux : sans le vide quan­tique, pas de matière. Ce qui veut dire qu’il existe un plan de cau­sa­li­té qui nous est inac­ces­sible, contrai­re­ment à celui qui se mani­feste au niveau de la matière elle-même, celui que nous expé­ri­men­tons au quo­ti­dien et sur lequel nous basons notre loi de cau­sa­li­té. Et non seule­ment ce plan de cau­sa­li­té nous est inac­ces­sible mais il met en jeu un délai imper­cep­tible à notre échelle entre la cause et l’effet. Pourquoi ? Parce que l’é­change d’in­for­ma­tions entre le vide et la matière se fait à la vitesse de la lumière !

               

Synchronicités : une expression de la présence

synchronicite-et-temps-presentPourquoi la syn­chro­ni­ci­té est-elle fina­le­ment si fas­ci­nante ? Parce qu’elle semble annu­ler le temps en absor­bant toute notre atten­tion dans l’ins­tant pré­sent. Elle est spon­ta­née, inat­ten­due, évi­dente. Elle nous inter­pelle sur l’imprévisible, elle nous invite à nous déta­cher du connu. La syn­chro­ni­ci­té est une per­cée dans le pro­ces­sus de pen­sée, une oppor­tu­ni­té de prise de conscience qu’il existe un ordre des choses qui nous échappe. Un ordre des choses incons­cient.

La syn­chro­ni­ci­té est une expres­sion de la pré­sence. Lors d’une syn­chro­ni­ci­té, seul existe l’événement por­teur de sens. Il emplit l’espace et le temps, qu’il rend alors sans valeur. L’atemporalité prend place, comme un faire-valoir de la dimen­sion tem­po­relle, la seule dans laquelle la syn­chro­ni­ci­té puisse se révé­ler.

Vivre une syn­chro­ni­ci­té, c’est être tota­le­ment syn­chro­ni­sé avec le temps de la vie qui nous entoure. C’est n’être ni en retard, ni en avance, ni dans le pas­sé, ni dans le futur, mais dans l’instant pré­sent. C’est être dans le flux natu­rel de la vie plu­tôt que dans l’illusion de ce qui est construit par le men­tal. C’est être au centre de nous-même et expé­ri­men­ter direc­te­ment ce qui en émane. C’est être sur un che­min d’évolution dif­fé­rent. Un che­min où le champ d’application de la cau­sa­li­té n’est plus sim­ple­ment du domaine du conscient, mais relève aus­si de celui de l’inconscient.

                    

Synchronicités : une expression du principe de résonance

Du modèle standard…

La syn­chro­ni­ci­té donne un aper­çu de la connexion qui existe entre toutes les choses dans l’univers, qu’elles soient conscientes ou incons­cientes. Elle se révèle être en faveur d’une théo­rie de l’information. Elle est l’expression d’un monde un, signi­fiant, où évé­ne­ments, per­sonnes et cir­cons­tances convergent dans l’instant pré­sent. Et d’où il résulte, par effet de réso­nance, un sens.

Alors pour­quoi n’existe-t-il pas une science des syn­chro­ni­ci­tés ? Il est évident que le cadre de la phy­sique stan­dard n’est pas adap­té à l’étude de ces évé­ne­ments non repro­duc­tibles. Ils sortent com­plè­te­ment de son champ d’in­ves­ti­ga­tion. Car ain­si que l’explique le phi­lo­sophe Michel Bitbol : 

« Le phy­si­cien néglige ce qui varie d’un ins­tant à l’autre ou d’une per­sonne à l’autre, et ne retient que ce qui se répète (…) il ordonne cela par des lois for­melles et se rend une par­tie du monde pré­vi­sible. Il repousse le sens dans un domaine de struc­ture idéale, mathé­ma­tique (…) La sin­gu­la­ri­té de nos vies n’a pas de place dans [la] pen­sée [du phy­si­cien] car cela lui échappe par construc­tion. Ce n’est pas un défaut mais un choix de méthode. » [4]

                    

… à l’univers connecté

synchronicite-et-connexion-universelleMais si pour le phi­lo­sophe « les sciences n’ont ni de quoi jus­ti­fier ni de quoi dis­cré­di­ter la syn­chro­ni­ci­té en tant que dona­tion de sens qui est impor­tante pour notre exis­tence » [5] , je vois une excep­tion : la phy­sique de Nassim Haramein. Elle explique et inclut les syn­chro­ni­ci­tés sans même cher­cher à le faire. En s’appuyant sur l’existence d’un champ d’information uni­ver­sel et sur le prin­cipe de réso­nance. A l’intérieur de ce champ – qui s’apparente à l’inconscient col­lec­tif de Jung – tout est connec­té, les infor­ma­tions cir­culent grâce à une dyna­mique de rétro­ac­tion. Elles entrent en réso­nance les unes avec les autres. Sans par­ler de science des syn­chro­ni­ci­tés, le phy­si­cien pro­pose un modèle dans lequel elles ont natu­rel­le­ment leur place.

Dans le pro­chain article, Synchronicité et com­mu­ni­ca­tion quan­tique, je vous invite à explo­rer la dimen­sion concrète des syn­chro­ni­ci­tés à tra­vers plu­sieurs exemples tirés de mon expé­rience.

            


Points clés

  • Il existe un plan de cau­sa­li­té qui nous est inac­ces­sible : le champ de l’in­cons­cient.

  • Les syn­chro­ni­ci­tés sont une expres­sion de l’inconscient. Elles révèlent des infor­ma­tions qui sont en réso­nance avec le champ du conscient. C’est pour­quoi elles sont impro­bables autant qu’elles font sens.
  • Au contraire de la phy­sique stan­dard, la théo­rie du champ uni­fié est adap­tée à l’é­tude des syn­chro­ni­ci­tés car elle est basée sur la réso­nance du champ d’in­for­ma­tion uni­ver­sel.

            

               

                 


Notes et références

[1]  JUNG Carl Gustav, Ma vie : sou­ve­nirs, rêves et pen­sées, Paris : Gallimard, Collection Folio, 1991, p. 463
[2] A pro­pos des rela­tions entre cau­sa­li­té et infor­ma­tion, vous pou­vez consul­ter l’article Réalité et phy­sique quan­tique.
[3] REEVES Hubert. (1990). Incursion dans le monde acau­sal, In : La Synchronicité, l’âme et la science, H. Reeves, M.Cazenave, P. Solié et al., Editions Séveyrat, p.11
[4] BITBOL Michel, Synchronicité – Rencontre autour du temps pré­sent [vidéo]
[5] Ibid.

               




 

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