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Mise à jour : 3 février 2020

Réalité et physique quantique

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Dans cet article, je vous invite à plon­ger dans l’étrange réa­li­té de l’infiniment petit. J’ai pris le par­ti de pré­sen­ter la théo­rie quan­tique du point du vue du phi­lo­sophe des sciences Michel Bitbol. Et il y a, à cela, trois rai­sons.

Premièrement je trouve que l’approche de Michel Bitbol redonne du sens à une théo­rie empreinte de para­doxes et en quête, me semble-t-il, de cohé­rence. Pour cette rai­son, elle a, deuxiè­me­ment, l’avantage de créer un pont avec la théo­rie de Nassim Haramein (voir les articles sur la Théorie du champ uni­fié). Démarche qui prend tout son sens quand, troi­siè­me­ment, il m’est impos­sible de pré­sen­ter la théo­rie quan­tique du point de vue de Nassim Haramein ! En effet, pour ce-dernier, la théo­rie quan­tique actuelle n’a aucune per­ti­nence étant don­né que les par­ti­cules sub­ato­miques ne sont pas envi­sa­gées cor­rec­te­ment.

Selon lui, l’intelligence d’une nou­velle théo­rie ne peut venir qu’avec la prise de conscience que tout inter­agit conti­nuel­le­ment. Et c’est là que l’approche de Michel Bitbol est inté­res­sante. Parce qu’elle montre, jus­te­ment, qu’envisager les phé­no­mènes sous l’angle rela­tion­nel éclaire les sup­po­sés para­doxes quan­tiques sous un jour nou­veau.

              

Mais c’est quoi la théorie quantique ?

psi-fonction-d-onde

Les infor­ma­tions sui­vantes pro­viennent d’une pré­sen­ta­tion que Michel Bitbol a faite à l’institut Mind and Life en jan­vier 2013. Il rap­pelle tout d’abord que « la théo­rie quan­tique est seule­ment un outil mathé­ma­tique pour pré­dire des résul­tats de mesure avec cer­taines pro­ba­bi­li­tés » [1]. Pour cela, deux choses sont néces­saires :

  • la fonc­tion d’onde ini­tiale Ψ (psi), qui per­met de cal­cu­ler la pro­ba­bi­li­té d’une mesure au temps 0,
  • et une équa­tion d’é­vo­lu­tion de la fonc­tion Ψ – l’équation de Schrödinger – qui per­met de cal­cu­ler cette pro­ba­bi­li­té à un temps ulté­rieur.

Voilà ce qu’est la théo­rie quan­tique, ni plus, ni moins : un outil effi­cace pour repré­sen­ter une ampli­tude de pro­ba­bi­li­tés.

Maintenant, toute la ques­tion est de savoir ce que cette théo­rie nous apprend sur la réa­li­té. En fait, la vision du monde qui va avec la théo­rie quan­tique dépend de l’inter­pré­ta­tion de ce que repré­sente la fonc­tion Ψ.  

            

La réalité est ailleurs

Quand on regarde l’histoire de la phy­sique quan­tique, trois types de réponses appa­raissent. Le pre­mier dit que Ψ décrit la réa­li­té, et Ψ étant une fonc­tion d’onde, il en résulte que la réa­li­té doit être de nature ondu­la­toire. Ça c’était le point de vue du phy­si­cien Erwin Schrödinger. Le second dit que Ψ n’est pas cen­sée repré­sen­ter la réa­li­té, il s’agit juste d’un outil mathé­ma­tique ser­vant à cal­cu­ler la pro­ba­bi­li­té de pré­sence des par­ti­cules. Et le troi­sième est une concep­tion mixte, où Ψ ne repré­sente pas tota­le­ment la réa­li­té. Les par­ti­cules sont alors accom­pa­gnées d’une onde qui guide leur che­min dans le monde. C’était notam­ment le point de vue de David Bohm.

Michel Bitbol pro­pose une qua­trième réponse :

 

« Peut-être que la théo­rie quan­tique nous a révé­lé que la nature n’a pas de nature intrin­sèque, peut être que c’est LA vraie révé­la­tion de la méca­nique quan­tique. Ce n’est pas une révé­la­tion à pro­pos de la nature de la nature, mais c’est une révé­la­tion à pro­pos du fait que peut-être la nature n’a aucune nature intrin­sèque. C’est une pos­si­bi­li­té. » [2]

 

Ainsi, Michel Bitbol invite à repen­ser les par­ti­cules. Pour les consi­dé­rer non pas comme si elles avaient une exis­tence intrin­sèque, mais comme si leur exis­tence ne dépen­dait que de leur rela­tion.

                

Un autre point de vue : l’apparition en dépendance

Autant la phy­sique clas­sique peut fonc­tion­ner en sup­po­sant que les corps ont une réa­li­té et des pro­prié­tés intrin­sèques – comme par exemple la masse – autant ce n’est pas le cas de la phy­sique quan­tique. En fait, lorsque cette-dernière a été éla­bo­rée, au début du XXe siècle, on a natu­rel­le­ment cher­ché à lui appli­quer ce mode de pen­sée, pour s’apercevoir encore aujourd’hui que c’est un vrai défi. Pourquoi ? Parce que les par­ti­cules en phy­sique quan­tique ont uni­que­ment des pro­prié­tés rela­tives à un acte d’observation. Les pro­prié­tés intrin­sèques sont rem­pla­cées par des obser­vables, des carac­té­ris­tiques rela­tion­nelles.

C’est pour­quoi pour Michel Bitbol, le plus grand ensei­gne­ment de la phy­sique quan­tique est peut-être le sui­vant : les corps existent seule­ment dans une rela­tion d’apparition en dépen­dance. Applicable éga­le­ment aux objets cos­mo­lo­giques, ce ren­ver­se­ment de pers­pec­tive est par ailleurs très proche des ensei­gne­ments boud­dhistes. Le Dalaï Lama l’a rap­pe­lé lors de cette pré­sen­ta­tion, disant que « par­ler d’existence indé­pen­dante n’a aucune signi­fi­ca­tion » [3].

Afin d’illustrer ce concept de rela­tion d’information, je vous pro­pose de nous inté­res­ser à l’expérience du chat de Schrödinger. .

              

Une explication simple de l’expérience du chat de Schrödinger

 

« S’il y a une chose à rete­nir [de la méca­nique quan­tique], c’est que la réa­li­té des choses se trouve dans les inter­ac­tions et non dans les objets. » [4] 

 

chat-de-schrodinger

L’expérience du chat est une expé­rience de pen­sée [5] à laquelle s’est livré le phy­si­cien, phi­lo­sophe et théo­ri­cien scien­ti­fique autri­chien Erwin Schrödinger en 1935. Cette expé­rience – vir­tuelle donc – consiste à enfer­mer un chat dans une boite conte­nant un dis­po­si­tif qui tue l’animal dès qu’il détecte la dés­in­té­gra­tion d’un maté­riau radio­ac­tif. Cette dés­in­té­gra­tion a la pro­ba­bi­li­té 1/2 de se pro­duire, et de l’extérieur, on ne peut pas savoir si elle a effec­ti­ve­ment lieu ou pas.

Aussi inat­ten­du que ce soit, cette expé­rience est assez faci­le­ment trans­po­sable à la mienne (lire Mon his­toire), moyen­nant les cor­res­pon­dances sui­vantes :

  • Le chat : moi
  • La boite : mon appar­te­ment, à l’intérieur duquel je me serais trou­vée seule
  • Le maté­riau radio­ac­tif : un ané­vrisme dont l’existence aurait été connue.

Notons que cet ané­vrisme étant situé à l’intérieur de mon crâne, et non pas à l’extérieur comme l’est le maté­riau par rap­port au chat, cela engendre un niveau d’information frac­tal sup­plé­men­taire. Cependant, cela ne péna­lise pas la com­pré­hen­sion de l’expérience de pen­sée.

  • La pro­ba­bi­li­té de dés­in­té­gra­tion du maté­riau de 1/2 : une « chance » sur 2 que l’anévrisme se rompe
  • Le dis­po­si­tif de détec­tion : une hémor­ra­gie qui aurait été fatale
  • Le témoin exté­rieur : quelqu’un qui aurait eu connais­sance des infor­ma­tions pré­cé­dentes, sans moyen de savoir si la rup­ture avait effec­ti­ve­ment lieu ou pas.

                  

Quand la physique quantique nous rattrape

anevrisme-non-rompuCes don­nées peuvent être inter­pré­tées de deux points de vue. Du point de vue clas­sique, il n’y a que deux pos­si­bi­li­tés :anevrisme-rompu soit la rup­ture d’anévrisme a lieu, soit elle ne se pro­duit pas. Mais du point de vue de la phy­sique quan­tique, le fait que le témoin n’ait pas de visi­bi­li­té sur ce qui se passe à l’intérieur de mon appar­te­ment – et a for­tio­ri à l’intérieur de mon crâne – crée un nou­veau concept appe­lé super­po­si­tion.

Il s’agit en quelque sorte d’une nou­velle pos­si­bi­li­té dans laquelle on consi­dère l’anévrisme dans ses deux états pos­sibles : être rom­pu et ne pas être rom­pu. En d’autres termes, dans l’état de super­po­si­tion, l’anévrisme est à moi­tié rom­pu et à moi­tié intact.

Dans l’expérience du chat, le maté­riau radio­ac­tif est à moi­tié dés­in­té­gré et à moi­tié non-désintégré. Selon la théo­rie de la super­po­si­tion quan­tique, si l’on suit toute la chaîne d’événements, on en arrive à l’étrange conclu­sion que le chat doit être à moi­tié mort et à moi­tié vivant. Ce qui de notre point de vue est tota­le­ment absurde, il suf­fit que l’on ouvre la boite pour lever l’ambigüité : le chat est alors soit mort soit vivant.

Moralité : nous ne pou­vons pas accep­ter pour un chat l’état de super­po­si­tion que l’on pour­rait accep­ter pour un atome. Et pour ma part, l’acceptation est encore moins évi­dente en ce qui concerne ma propre per­sonne qu’en ce qui concerne le chat ! Parce que moi je n’ai pas fait une expé­rience de pen­sée mais une expé­rience réelle !!

               

Quand la relation d’information explique tout

Toujours est-il qu’en pour­sui­vant le rai­son­ne­ment, on voit poindre une contra­dic­tion entre ces deux affir­ma­tions :

  • « avant qu’on ouvre la boite, l’état du chat est à moi­tié vivant et à moi­tié mort »
  • « une fois qu’on a ouvert la boite, le chat est soit dans l’état vivant soit dans l’état mort ».

superposition-quantique

Mais si l’on rai­sonne en termes d’in­for­ma­tions au lieu de rai­son­ner en termes d’« état », la contra­dic­tion ne tient plus. Car, comme le sou­ligne Michel Bitbol, « l’état quan­tique » n’ex­prime en fait rien à pro­pos du chat. Plutôt, il exprime un état d’in­for­ma­tion qui relève de la rela­tion entre le chat et nous. Nous avons sim­ple­ment une infor­ma­tion plus com­plète une fois que l’on a ouvert la boite. Ainsi, pas de contra­dic­tion, sim­ple­ment la rela­tion entre le chat et nous qui a chan­gé au moment où nous avons ouvert la boîte, vu à l’in­té­rieur, et accé­dé à un niveau sup­plé­men­taire d’informations.

              

L’itinéraire bis de l’information

Reprenons la com­pa­rai­son entre mon expé­rience et celle du chat. Dans mon cas, deux élé­ments com­plexi­fiaient l’accès aux infor­ma­tions rela­tives à mon état de san­té :

  • le défaut de connais­sance de la pré­sence de l’anévrisme,
  • et par consé­quent le défaut de connais­sance du dis­po­si­tif « ané­vrisme / rup­ture / hémor­ra­gie », enfer­mé qui plus est dans ma boite crâ­nienne.

Cependant, mal­gré ce niveau de com­plexi­té sup­plé­men­taire, j’ai eu pour ain­si dire deux avan­tages par rap­port au chat. Premièrement, le fait que Madeleine n’a pas eu besoin d’« ouvrir la boite » pour accé­der à l’information « rup­ture d’anévrisme ». Et deuxiè­me­ment, le fait que cette infor­ma­tion sup­plé­men­taire a per­mis qu’elle inter­vienne afin que l’hémorragie soit maî­tri­sée.

Ces deux avan­tages montrent d’une part que l’accès direct à l’information est pos­sible – avec un peu d’entraînement tout de même ! – et ne dépend pas du niveau frac­tal consi­dé­ré. Et d’autre part, ils sou­lignent les pro­pos de Michel Bitbol. Car c’est bien la rela­tion – liée à l’information – qui s’est éta­blit entre Madeleine et moi à ce moment-là qui a été déter­mi­nante.

 


Points clés

  • Comprendre la phy­sique quan­tique c’est pen­ser l’exis­tence des par­ti­cules non pas du point de vue de leurs pro­prié­tés mais de leurs inter­ac­tions.

  • L’état quan­tique exprime un état d’in­for­ma­tion qui relève de la rela­tion entre nous et ce que l’on observe.

 

Vous pou­vez pour­suivre votre explo­ra­tion de la phy­sique quan­tique en lisant les articles  sur la dua­li­té ondes / par­ti­cules et l’indéterminisme et l’intrication quan­tiques. Spoiler : ils peuvent aus­si être expli­qués sim­ple­ment si on les aborde sous l’angle de la rela­tion ! 

        

         

             


Notes et références
    

[1] BITBOL Michel. (2013, 18 jan­vier). La méca­nique quan­tique : une théo­rie sans vue sur le monde ?  In : Fleurs du dhar­ma, Mind and Life XXVI : Esprit, cer­veau et matière, p.5
[2] Ibid.
[3] SA SAINTETE LE DALAÏ-LAMA. (2013, 18 jan­vier). Dissiper les pro­prié­tés intrin­sèques et l’existence intrin­sèque, In : Fleurs du dhar­ma, Mind and Life XXVI – Esprit, cer­veau et matière, p.11
[4] HENRY Marc. (2011, janvier-février), Interview de Marc Henry, In : Nexus n°72, p.57
[5] Une expé­rience de pen­sée consiste à résoudre un pro­blème en uti­li­sant uni­que­ment l’imagination. Ce n’est pas une démons­tra­tion, mais plu­tôt une illus­tra­tion.

                 




 

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