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Mise à jour : 14 février 2020

L’expérience consciente

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Cet article fait suite à celui inti­tu­lé Cerveau, science et conscience, dans lequel j’explore le thème de la conscience sous l’angle de la méde­cine. J’y aborde notam­ment les dif­fé­rents champs de la conscience, leur fré­quence vibra­toire, ain­si que l’activité spé­ci­fique du corps et du cer­veau qui leur cor­res­pond.

Le ques­tion­ne­ment que je sou­lève à pré­sent est le sui­vant : quelles fré­quences d’ondes céré­brales aurait-on pu mesu­rer lorsque ma conscience s’est désen­ga­gée de mon men­tal (lire Mon his­toire pour com­prendre ce que j’entends par là) ? La réponse n’est pas tran­chée. Tout ce que je peux dire, c’est que si, au moment des faits, j’avais uni­que­ment eu à ma dis­po­si­tion le tableau des champs de conscience (repris ci-dessous), il m’aurait été assez dif­fi­cile de déter­mi­ner où je me trou­vais. J’aurais eu l’impression de me situer aux deux extré­mi­tés de l’échelle en même temps. C’est-à-dire : plon­gée à la fois dans une conscience hors espace-temps – sans pour autant être dans le coma ou à expé­ri­men­ter l’imminence de ma mort – mais éga­le­ment dans la pleine conscience.

             

A la recherche de la conscience

Lâcher-prise et pleine conscience

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Les carac­té­ris­tiques attri­buées à l’état de pleine conscience cor­res­pondent pré­ci­sé­ment aux sen­sa­tions qui étaient les miennes à ce moment-là. En effet, même si je ne me sen­tais pas par­ti­cu­liè­re­ment stres­sée, mon corps était, para­doxa­le­ment, en état d’alerte. De plus, j’avais l’étrange impres­sion d’avoir vécu cinq jour­nées en une. Comme si mon acti­vi­té céré­brale avait été beau­coup plus intense que d’habitude. Ma mémoire éga­le­ment : je me sou­viens encore aujourd’hui de nom­breux détails de cette impro­bable jour­née.

pleine-conscienceEn revanche, je ne sau­rais dire – du moins en ces termes – si j’ai fait l’expérience d’une aug­men­ta­tion de la pro­duc­tion d’ondes gam­ma [1] dans mon cer­veau. Toujours est-il que tout semble s’être pas­sé comme tel. Car de même que le men­tal « lâche prise » lorsqu’on atteint un cer­tain niveau de médi­ta­tion, ma conscience a fini par se désyn­chro­ni­ser de mon men­tal. Les condi­tions propres à l’état médi­ta­tif sem­blaient ain­si être réunies. Cela laisse alors sup­po­ser que je bai­gnais dans le champ de la pleine conscience.

Mais je peux éga­le­ment me posi­tion­ner à l’autre extré­mi­té de l’échelle car j’ai res­sen­ti une sus­pen­sion du temps. Elle a lais­sé place à l’instant pré­sent, et de fait à une expé­rience de la conscience hors de l’espace et du temps.

              

La présence passe par le corps

Aux deux extré­mi­tés du spectre – les ondes proches du 0 abso­lu (coma) ou les ondes gam­ma – on constate que la conscience s’élargit. Cependant, dans le cas d’un coma ou d’une expé­rience de mort immi­nente, le contact avec le corps est per­du. Et il peut aller jusqu’à se rompre si la per­sonne décède. Tandis que dans le deuxième cas, la per­sonne est tota­le­ment pré­sente dans son corps.

Si j’avais per­du connais­sance, j’aurais peut-être pu témoi­gner d’un état de conscience. Et ce mal­gré le fait que mes ondes céré­brales auraient été proches de 0. Par contre je n’aurais sans doute pas tou­ché la pré­sence, comme ce fut le cas étant don­né que je suis res­tée consciente et en contact avec mon corps.

Quoi qu’il en soit, le plus grand ensei­gne­ment de ce tableau est sans doute qu’il reflète une lec­ture men­tale de la conscience. Bien qu’elle ait son uti­li­té, elle ne dit cepen­dant rien sur la nature de la conscience. Celle-ci est sim­ple­ment caté­go­ri­sée, et impli­ci­te­ment pré­sen­tée comme insé­pa­rable du men­tal. On pour­rait ain­si pen­ser que la conscience pro­gresse ou régresse, nous fai­sant pas­ser par exemple d’un état d’inconscience – le coma, ou le som­meil pro­fond – à un état de pleine conscience, ou inver­se­ment.

               

Quand le fini rencontre l’infini

En fait, cette manière d’envisager les choses parait cohé­rente tant que la conscience est syn­chro­ni­sée sur le men­tal. En effet, celui-ci ayant un fonc­tion­ne­ment linéaire, il entraîne auto­ma­ti­que­ment la conscience dans cette voie. Mon his­toire raconte pour­tant autre chose : ma conscience est sor­tie de toute pro­gres­sion linéaire, pour bas­cu­ler dans un espace immen­sé­ment plus vaste. Comme si elle retrou­vait un milieu en quelque sorte plus natu­rel pour elle. 

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Pour don­ner une ana­lo­gie, je dirais que tout s’est pas­sé comme si la conscience était un océan, et que le point de conscience que j’incarne dans cet océan avait fran­chi la bar­rière de vagues, repré­sen­tée par mes ondes céré­brales. Alors, tout comme le sur­feur doit fran­chir la bar­rière de vagues pour atteindre une éten­due d’eau plus calme et y attendre la vague, ma conscience aurait fran­chi une bar­rière d’ondes de plus en plus courtes et rapides, d’une fré­quence éle­vée. Jusqu’à ce que je bas­cule dans un état de séré­ni­té abso­lue, dans la pré­sence. J’aurais alors été en mesure de lais­ser pas­ser toute vague se pré­sen­tant, sans que cela ne m’affecte.

             

Conscience et expérience de la conscience

Différentiels de conscience, différentiels d’expérience

Pour autant, on ne peut pas consi­dé­rer qu’il y ait une dif­fé­rence entre la conscience et l’expérience que cha­cun en fait. Car une dif­fé­rence induit une dua­li­té. Et aucune dua­li­té ne peut avoir sa place au sein de la conscience puisque la conscience sous-tend l’ex­pé­rience même de la conscience. La conscience englobe tout. Ainsi, plu­tôt que de dua­li­té, on peut par­ler de com­plé­men­ta­ri­té d’approche. L’expérience induit alors un dif­fé­ren­tiel de conscience qui devient la condi­tion de pos­si­bi­li­té de tout ce ques­tion­ne­ment.

De ce point de vue, la conscience n’a de sens que dans l’expérience. En revanche, du point de vue de la pré­sence, le dif­fé­ren­tiel induit par l’expérience n’existe plus. La pré­sence est alors comme la conscience qui ne se connai­trait pas par l’expérience. Le phi­lo­sophe Jiddu Krishnamurti par­lait de néant, en ces termes : « Le néant ne peut pas agir, car toute chose y est incluse » [2]. Seule l’expérience per­met d’agir, à tra­vers un mou­ve­ment créé par des dif­fé­ren­tiels de conscience… et donc d’expériences.

Basculer dans la pré­sence, c’est ne plus être dans l’expérience en tant que mou­ve­ment. C’est accé­der à l’immobilité inté­rieure, immo­bi­li­té des pen­sées, des émo­tions, des sen­ti­ments. Mais même cette défi­ni­tion n’est pas adé­quate. Et aucune ne l’est. Parce qu’on ne peut rien dire de la pré­sence qui ne nous en extrait ins­tan­ta­né­ment. Cependant la seule manière que nous ayons d’en par­ler, c’est à tra­vers l’expérience. Car celui qui parle, c’est le Moi, et le Moi ne connaît que l’expérience.

            

Conscience, es-tu là ?

conscience-sans-identiteDe manière plus prag­ma­tique, nous pou­vons dire que la pré­sence est au-delà de toute iden­ti­té. Tandis que l’expérience est sub­jec­tive et ren­due tan­gible notam­ment par l’intermédiaire de « champs » dif­fé­rents. Mais rai­son­ner comme si l’on pas­sait d’un champ de conscience à un autre, c’est igno­rer le fait que la conscience sous-tend la réa­li­té – ou l’illusion – des­dits champs. En fait, ces-derniers n’ont d’existence que celle de notre men­tal linéaire et frag­men­taire. C’est pour­quoi, il serait selon moi plus juste de consi­dé­rer que l’on accède à dif­fé­rentes per­cep­tions et expé­riences de la conscience. Parce qu’elle est constam­ment pré­sente en toile de fond de nos expé­riences et indé­pen­dante de l’activité céré­brale. Bien que l’expérience que nous en avons soit plus ou moins acca­pa­rée par le men­tal.

Dès lors, la ques­tion n’est plus de savoir si la conscience est là ou pas, la ques­tion est de savoir jusqu’à quel point l’activité céré­brale peut entre­te­nir l’illusion qu’elle pro­duit la conscience quand elle per­met sim­ple­ment d’accéder à l’expérience et de l’interpréter.

                

Awareness et consciousness

Une féconde subtilité

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Krishnamurti, à l’instar d’Eckhart Tolle, nomme la notion d’immobilité, de pré­sence, en uti­li­sant le terme « awa­re­ness ». Quasi indis­so­ciable du terme « conscious­ness », il intro­duit pour les anglo­phones une sub­ti­li­té que l’on ne trouve pas dans la langue fran­çaise lorsque l’on parle de la conscience. Il est d’autant plus per­ti­nent de s’attarder sur cette sub­ti­li­té qu’elle offre un bon résu­mé de mon pro­pos.

L’awa­re­ness pure est immo­bi­li­té, pré­sence. Elle n’est pas de l’ordre de l’expérience. Cependant, en tant que pré­sence, l’awa­re­ness sou­tient l’expérience de l’univers. Autrement dit, elle sou­tient le mou­ve­ment pré­sent par­tout. Celui-ci est créé par un dif­fé­ren­tiel de conscience, une pola­ri­sa­tion allant du conscient à l’inconscient. Et cette pola­ri­sa­tion, ain­si que le mou­ve­ment qui en résulte, repré­sentent les condi­tions préa­lables à la mani­fes­ta­tion de la conscious­ness.

Le lien entre l’awa­re­ness et la conscious­ness se situe au niveau de la prise de conscience. La prise de conscience vient avec la connais­sance, le feed­back qui per­met à l’information de se révé­ler dans le conscient, de pas­ser de l’inconscient au conscient [3]. Ainsi, la connais­sance crée un poten­tiel d’accès à des niveaux de conscience plus éle­vés.

              

Observer ou ne pas observer ?

Telle est la ques­tion. La conscious­ness implique un obser­va­teur [4], et elle est rela­tive à chaque obser­va­teur. Elle nous per­met d’interpréter la réa­li­té exté­rieure, et de rece­voir l’interprétation de tous les autres obser­va­teurs. C’est ain­si qu’elle pro­gresse de l’inconscient vers le conscient. Lorsque l’observateur a une prise de conscience, la  conscious­ness l’extrait momen­ta­né­ment de l’expérience. Mais  jamais com­plè­te­ment. Car le pro­ces­sus de prise de conscience fait lui-même par­tie inté­grante de l’expérience de l’univers. L’expérience ne s’arrête que dans l’awa­re­ness pure, lorsque la conscious­ness réa­lise que seule l’awa­re­ness existe et que le monde des pen­sées ne porte en lui aucune véri­té.

presence-et-libre-arbitreBien que l’essence de l’observateur soit l’im­mo­bi­li­té, la pré­sence, ou encore l’awa­re­ness pure, celui-ci ne peut jamais en avoir plei­ne­ment conscience. L’observateur ne peut pas être conscient qu’il est l’awa­re­ness, seule l’awa­re­ness a conscience d’être l’awa­re­ness. L’observateur est dans un pro­ces­sus de prise conscience que seule existe l’awa­re­ness. Il ne peut être qu’un obser­va­teur. Et c’est seule­ment en tant qu’observateur qu’il peut gra­duel­le­ment se relier consciem­ment à cette intel­li­gence, à l’awa­re­ness.

              

Dissoudre l’identité de observateur

Mais au moment où il prend conscience qu’il est l’awa­re­ness, alors il n’est plus l’awa­re­ness. « Etre l’awa­re­ness » implique que l’ob­ser­va­teur et l’ob­ser­vé fusionnent, ne fassent qu’un. Dès qu’il y a prise de conscience, l’ob­ser­va­teur se détache de l’awa­re­ness. C’est alors que la conscious­ness et l’observateur appa­raissent en dépen­dance [5].

L’observateur ne peut pas plei­ne­ment réa­li­ser l’awa­re­ness, il ne peut que  « deve­nir cet état ». Ce  qui implique sa com­plète dis­so­lu­tion, c’est-à-dire l’abandon entier et total de lui-même. Lorsque l’identité de l’observateur se dis­sout dans l’unité, la conscious­ness retourne à l’awa­re­ness. Elle est dis­soute et trans­cen­dée dans l’awa­re­ness. Seule l’awa­re­ness existe, incluant le poten­tiel de la conscious­ness qui n’existe alors plus en tant que telle.

             


Points clés

  • Seule l’expérience per­met d’agir, à tra­vers un mou­ve­ment créé par des dif­fé­ren­tiels de conscience… et donc d’expériences.

  • Basculer dans la pré­sence, c’est ne plus être dans l’expérience en tant que mou­ve­ment. C’est accé­der à l’immobilité inté­rieure, immo­bi­li­té des pen­sées, des émo­tions, des sen­ti­ments.

  • Lorsque l’identité de l’observateur se dis­sout dans l’unité, la conscious­ness retourne à l’awareness (l’im­mo­bi­li­té, la pré­sence).

             

                

                  


Notes et références


[1] Les ondes gam­ma siègent dans le cer­veau de chaque per­sonne, et sont les seules ondes à être pré­sentes dans toutes les aires céré­brales. Cependant, elles ne s’activent que lorsque le cer­veau entre­prend une action durable et sou­te­nue, comme lors d’un effort d’attention ou de mémo­ri­sa­tion. Plus elles sont acti­vées, plus elles font inter­agir les popu­la­tions de neu­rones pré­sentes dans les dif­fé­rentes aires céré­brales, pour fina­le­ment les conduire à avoir une acti­vi­té syn­chrone.

[2] KRISHNAMURTI Jiddu, Les limites de la pen­sée, Paris : Le livre de poche, 2006, p.84
[3] Voir l’article Comment apprend-on ? à ce sujet
[4] Lire éga­le­ment l’ar­ticle à pro­pos du ques­tion­ne­ment sur l’observateur et l’observé en phy­sique quan­tique.
[5] Pour mieux com­prendre le concept d’apparition en dépen­dance, vous pou­vez éga­le­ment consul­ter l’article Indéterminisme et intri­ca­tion.

                    


 

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